Parentalité positive et éducation bienveillante

6 principes de base de la parentalité positive

Capture d’écran 2015-07-29 à 09.36.01Par Mitsiko Miller

Pourquoi la parentalité positive? Pour milles raisons. Chacun détient ses propres arguments. Tous s’entendent pour dire qu’il y a urgence à la mettre en pratique.

Pourquoi? Dans mon cas, je peux affirmer qu’il est essentiel de changer notre manière d’élever nos enfants car notre société a profondément changé. Nous avons besoins d’outils pour s’adapter et naviguer à travers ses vagues, sans nous noyer. Nous avons vraiment besoin de guider nos enfants pour apprendre à vivre (pas survivre!) en collectif, tout en étant des acteurs libres et conscients de leur vie.

Éclatement et société de surconsommation
En 300 ans, nous avons convergé vers un modèle démocratique au travail, dans les familles et dans les collectifs. Pourtant, notre manière de communiquer avec soi et avec les autres, de même que notre manière de percevoir le « pouvoir » que nous possédons pour créer du changement, n’ont que peu évolué.

En plus, notre société postmoderne de consommation a amené un style de vie qui nous aliène de nous-même, de notre communauté et des autres. Nous sommes invité à courir plus vite dans le tambourin du hamster, sans nous rendre compte que nous courons, happé par le stress et nos préoccupations. Nous vivotons, sautant d’une activité à l’autre, d’une réunion à l’autre et rentrons épuisé du travail, ne rêvant que de « décrocher » ou d’avoir du silence. Parfois, nous sommes si fatigué et si stressé que nous n’avons même pas le temps de réfléchir ou de prendre conscience de ce que nous faisons. En réalité, nous vivons la plupart de nos moments éveillés en mode réactif. La plupart de nous opérons.

L’humain est un être social
J’ai pourtant la croyance que l’humain est un être social. Cela implique qu’il a besoin de tisser des liens profonds, de contact, d’affection, de tendresse et d’échanges significatifs. Il a besoin d’amour, d’appartenir, de se raconter, d’écoute, d’empathie et d’être vu pour qui il est: un être précieux et important.

Au-delà des échanges fonctionnels et « opératoires » tels que « Allez, dépêche-toi! », ou « Je n’ai pas le temps! », ou « Mets la table! », « Tu es en retard! », nous avons besoin d’entendre: « Tu es important, à mes yeux. Je t’aime, toi. Construisons quelque chose ensemble, toi et moi. » Nous avons besoin de substance et d’amour pour donner sens à nos vies. Nous, adultes, en avons fondamentalement besoin. De même que nos enfants.

La plupart des enfants ainsi que nos partenaires, de par leurs crises et leurs comportements désagréables (et parfois tragiques), nous disent très clairement qu’ils aspirent à plus de connexion, de chaleur, de tendresse et d’échanges. Mais nous restons souvent en surface, en réagissant: nous jugeons leurs comportements « inacceptables » et décidons que le meilleur moyen de nous protéger est d’avoir le moins de contact possible avec eux parce qu’être en leur présence nous est « insupportable. » Et pourtant, plus nous évitons de voir la véritable source des « défis », plus les comportements s’aggravent. Et plus nous créons un immense fossé entre nous et nos proches.

Développons des manières de vivre qui permettent de nous parler vraiment, de cultiver le lien, d’apporter de la sécurité émotionnelle, de nourrir notre espoir, d’humaniser nos rapports, de nous donner du courage d’être qui nous sommes et surtout, d’apprendre à vivre, plutôt que d’opérer.

De nouveaux outils pour s’adapter au nouveau mode de vie
Revenons au symbole de la mer houleuse du début. Notre survie morale, mentale et physique à titre d’individu et de collectif, dépend de notre capacité à reprendre notre souffle, savoir nager ainsi que de notre capacité à repérer le phare près de la berge (garder le cap), pour nous y rendre. Pour cela, nous avons besoin d’outils pour nous recentrer, comprendre nos valeurs essentielles propres à chacun de nous, apprendre à écouter profondément soi et les autres, et développer notre capacité à trouver des solutions durables aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui.

C’est pareil pour nos enfants. À titre de parents, nous avons une grande responsabilité: celle de prendre soin de nous pour être solide et être un phare pour nos enfants. Nous avons la responsabilité d’être une source de sécurité et d’attachement (appartenance) ainsi qu’un guide qui montre le chemin, sans l’imposer.

Nos enfants ont besoin de mentors pour prendre conscience de l’importance de reprendre leur souffle, voir ce qui les aident, ce qui ne les aident pas, de savoir nager, de prendre le temps de voir où ils se trouvent, dans cette mer houleuse, pour s’en sortir. Ils ont besoin de développer un compas intérieur. Et c’est à nous de leur montrer comment et pourquoi le construire.

J’ai la ferme conviction, de par mon vécu familial et celui de mon entourage qui ont de enfants plus âgés, que nos enfants s’épanouissent avec des outils adaptés à cette nouvelle réalité. C’est, selon moi, à travers la parentalité positive.

En trois mots, la parentalité positive, c’est grandir en humilité, en présence et en intégrité. Pas à pas.

6 principes de base pour nous aider à être des guides et des phares:

  • Je reconnais que tous les êtres humains (les bébés sont des êtres humains! Oui!) sont dignes de respect, d’écoute et d’amour. Je cherche à comprendre leur réalité et à créer des relations riches et profondes, dans le respect et le soin de tous.
  • Je reconnais la valeur innée des enfants, leur unicité et leurs compétences, ainsi que les miennes (en tant que parent).
  • Je cultive une relation authentique et bienveillante avec moi-même, mon partenaire et mes enfants. Je communique mon ressenti de manière responsable, dans les hauts et les bas. Cela implique d’intégrer des processus d’introspection au quotidien, et des outils pour communiquer avec bienveillance. (Lire des livres nous donnent la théorie, mais ne nous aident pas à la mettre en pratique!)
  • Je reconnais que le comportement, aussi tragique soit-il, est un langage qui exprime un besoin sous-jacent. En cherchant à le comprendre, je peux me soutenir et soutenir mes enfants à trouver des moyens durables et bienveillants de vivre ensemble dans un mieux-être collectif
  • Je reconnais que je chemine en même temps que mes enfants, et que je suis également un apprenant: faire des essais et erreurs fait partie du processus d’apprentissage et d’individuation (qui dure toute une vie). Je m’engage à prendre les moyens de m’épanouir en cultivant une hygiène de vie globale encourageant la conscience de soi, la pro-activité et la coresponsabilité, dans le respect de mon rythme. Pareil pour mon enfant.
  • Je reconnais que moi, le parent, n’ai pas le même rôle que mes enfants, dans une famille. Bien que je les respecte et que je les honore, j’ai la responsabilité (affranchie d’un sens du devoir lourd et imposé par des « IL FAUT QUE ») de veiller à leur sécurité (émotionnelle et physique), et à leur épanouissement global (corps, cœur et âme). Au départ, c’est à moi de poser des fondations propices à leur construction: je crée l’environnement favorable et je les guide, petit à petit, à vivre en société, à devenir autonomes et responsables, dans le respect et la considération de tous. Je les aide à cheminer vers l’empuissancement à travers l’exemple et en leur donnant des outils. Cela se fait en offrant un amour inconditionnel, en cultivant le sentiment d’appartenance, de compétence, de respect et de considération. J’offre un modèle inspirant, de l’information pertinente et de l’encouragement constant pour les soutenir à agir avec cœur et conscience.

À travers ce processus, nous prenons conscience de nos gestes et habitudes machinaux, pour nous affranchir de nos propres croyances limitatives et de nos blessures que nous projetons de manière totalement inconsciente sur nos enfants, de nos incohérences, de notre manque de soin pour soi, de notre inclinaison au perfectionnisme et à la performance, de nos attentes irréalistes et de notre tendance au contrôle (menaces, chantages, humiliations, blâmes, punitions et récompenses) ou à la renonciation (évitement, fuite, pacification, confusion entre « bonheur » et « plaisir perpétuel », impuissance, refus de vivre de l’inconfort et donc de s’engager dans la relation).

Pas à pas, nous grandissons dans la clarté de ce que nous voulons vraiment, de nos valeurs essentielles et alors, nous pouvons choisir consciemment de créer l’environnement propice à la cohérence, la joie, le respect et au soin pour tous.

En trois mots, la parentalité positive, c’est grandir en humilité, en présence et en intégrité. Pas à pas.

© Mitsiko Miller, 2015. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen.  Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Communication bienveillante, Parentalité positive et éducation bienveillante

Ce que j’aurais aimé savoir avant de devenir maman

parentalité positive (3)par Mitsiko Miller

Lorsque des « parents enceintes » d’un premier enfant me demandent ce que je leur conseille avant de devenir parent, il m’arrive souvent de rétorquer: « Est-ce un conseil que vous voulez, ou est-ce que vous voulez savoir comment, moi j’ai fait pour être heureuse dans mon rôle de parent? Car la première chose que j’ai apprise, justement, c’est que je fuis les conseils! » Souvent ils me répondent que ce qu’ils veulent, c’est savoir ce qui a marché pour moi. Ce à quoi je réponds: « C’est ce qui a marché pour moi ne marchera peut-être pas pour vous. » Parce qu’il n’y a pas de recettes pour élever des enfants.

Voici, trois points que je trouve, cela dit, extrêmement importants et que j’espère pouvoir partager avec mes enfants lorsqu’ils deviendront « parents enceintes », à leur tour.

1) Suivre mon gros bon sens plutôt que les conseils de tous
Lorsque j’ai eu mon premier enfant, tous les conseils pour prendre soin de mon bébé fusaient dans toutes les directions. « Il faut que… ». « Fais ceci, fais cela». « Ne fais pas ceci, sinon… ». « Laisse ton bébé pleurer, sinon, il deviendra un enfant roi.»  J’ai vite compris que chacun avait sa vision de l’éducation, autant mon voisin sans enfant que les médecins et les experts. Les arguments bien logiques venaient soutenir leurs propos. Parfois, même des recherches scientifiques. Et toutes contradictoires.

J’ai vite appris à jeter tous les livres d’experts et à remercier poliment ces personnes bien pensantes, pour me fier à mon gros bon sens: j’ai observé comment les familles avec des valeurs similaires aux miennes et avec des enfants plus âgés que j’appréciais vraiment, les élevaient. Puis, j’ai demandé à ces personnes de me recommander des livres qui avaient fait leurs preuves.

Pourquoi? Parce que l’Histoire nous a appris que les parangons des époques se remplacent, en fonction des modes et des croyances: au Moyen-âge, on était convaincu que le colostrum de la mère était impur. On chassait l’esprit maléfique du « changelin », petit diablotin, qui, selon l’idéologie de l’époque, possédait les nourrissons gourmands qui tétaient « trop » souvent. À la Renaissance, un « bon parent » de la haute société, confiait son nouveau-né à une nourrice pour poursuivre sa vie mondaine. Dans les années 50, on nous commandait de ne pas toucher les bébés, de peur qu’ils attrapent des virus. En 1928, le père du behaviorisme, John B. Watson (encore lui! Je sais! J’ai une obsession), penseur bien pensant derrière l’entraînement au sommeil et le modèle éducatif basé sur les punitions et récompenses, écrivait dans son livre à succès Psychological Care of Infant and Child : « Jamais au grand jamais, vous ne devez embrasser votre bébé! ».

Cette croyance béhavioriste plus assouplie que dans les années folles, demeure très présente dans les livres d’éducation de l’heure: plusieurs croient qu’un bébé DOIT être conditionné à apprendre l’autonomie, d’une manière très spécifique: Il DOIT faire ses nuits, apprendre à manger, à marcher, à intégrer la garderie à un âge très précis, selon un modèle prédéfini, sinon, ce bébé a un « problème ». Ou plutôt, ce parent est perçu comme ayant un « problème». Il est vu comme « pas assez dévoué». « Pas assez vaillant». « Trop laxiste ». « Sûrement, un parent qui élève un enfant-roi en puissance».

Cette manière d’éduquer les enfants invite les parents à craindre « de râter » leur coup et donc, d’être habités par la peur, dans les « IL FAUT QUE…. ». Et la peur invite le « contrôle » et une éducation régie par des règles rigides qui ne tiennent pas compte ni du gros bon sens des parents, ni de celui des enfants. L’angoisse d’être incompétent encourage également la comparaison et le conformisme en présupposant que les enfants sont « tous pareils », en plus de nourrir la culpabilité et le stress constants de se voir comme un « perdant » si l’enfant ne s’accorde pas à ses mesures spécifiques.

Mais puisque chaque enfant est unique, et donc, forcément « anormal » parce qu’unique, sommes-nous surpris que la presse d’aujourd’hui parle tant de burn-out parental? Qu’est-ce que c’est ce phénomène, sinon, le symptôme d’une personne qui dépasse ses limites, manque d’écoute à ses besoins uniques, aux besoins uniques de ses enfants et à son « gros bon sens »? Combien de parents, et surtout des couples se disputent allègrement, justement à cause de ces « IL FAUT QUE » qui n’épousent pas leurs valeurs personnelles? Dites-moi, qui pourrait se nourrir d’un tel régime pendant toute la durée de sa vie parentale?

Je vous laisse réfléchir à cela.

Suis-je en train de dire qu’il ne faut pas suivre les recommandations prodiguées par des médecins, psychologues et autres experts?  Non. Ce que je dis, c’est qu’il est bon de faire un pas en arrière, questionner notre gros bon sens, avant d’appliquer une formule. Il est bon de trouver des solutions qui marchent pour vous ET pour votre enfant et qui parlent à votre gros bon sens. Il est bon de se parler entre mère et père pour comprendre ensemble, nos valeurs, ce qui nous tient à coeur, comme famille et comment s’accorder, ensemble.

Parce que, heureusement les idées changent… L’Histoire, plus particulièrement, la littérature prouve indéniablement qu’une chose demeure immuable et défit toute idéologie : tous les classiques de la littérature, peu importe l’époque, parlent d’amour et comment suivre son propre cœur.

Même si cela implique d’être anticonformiste et de remettre en question toutes les idées reçues, jusqu’à présent.

2) Prendre soin de soi pour être heureuse (et pour prendre soin de nos enfants dans la joie!)
Si j’avais su que devenir maman était un engagement physique et psychologique durant les premières semaines, je n’aurais pas perdu mon temps à faire du ménage, ou à « recevoir » de la visite. J’aurais accepté de l’aide pour le ménage, la lessive, les courses. Je n’aurais pas hésité à téléphoner une monitrice de la Ligue La Leche pour poser mes milles questions que je jugeais trop ridicules à poser, ou aller à une rencontre mensuelle juste pour partager, avoir de l’encouragement ou pour déposer ma peine. Je n’aurais pas hésité à prendre une accompagnante à la naissance pour me soutenir durant cette transition. Je n’aurais pas hésité à demander de l’aide à mes amies. À ma famille.

Mais avant cela, il a fallu que je comprenne que j’avais une croyance bien ancrée chez moi et chez bien des femmes de ma génération, qui m’empêchait d’accepter du soutien: « une femme forte et compétente n’a pas besoin d’aide. Sinon, elle est faible. »

Ce n’est qu’avec le temps que j’ai compris que c’était complètement faux. J’ai compris qu’il m’était important de chercher du soutien dont j’avais besoin pour être une maman heureuse. Car, ça prend un village pour élever un enfant ET pour soutenir un parent.

Pour être heureuse, j’ai appris à demander du soutien en lâchant prise du contrôle et du perfectionnisme, j’ai lâché prise de mes exigences et de mes attentes irréalistes : j’ai même su avoir de la gratitude du soutien de mon partenaire pour habiller mon fils, même s’il portait du rouge avec du vert ( et avait l’air d’un sapin de Noël en plein été), même si mon partenaire achetait la marque de tofu que j’aimais moins.

Parce que pour être heureuse, j’ai appris à me concentrer sur ce qui était vraiment important. J’ai appris à profiter de la vie, vivre dans la joie en développant une hygiène de vie saine : vivre dans le moment présent, me reposer et me nourrir sainement, corps, coeur et âme. Cela implique, encore aujourd’hui, de remplir mon réservoir émotionnel au quotidien, me faire des petits plaisirs et me recentrer. Parce que c’est lorsque je prends soin de moi que je suis suffisamment zen pour rester un partenaire et un parent aimant, calme et efficace.

Contrairement à certaines personnes pensent, cela n’impliquait pas de me séparer de mon bébé: j’ai appris à considérer mes besoins ET ceux de mon enfant, et trouver notre équilibre, à nous.

3) Me voir comme parent apprenant et non comme « incompétent »
Soyons clair. Le perfectionnisme, ça n’existe pas. Le perfectionnisme, c’est l’idéologie avec les règles « POUR ÊTRE HEUREUX, IL FAUT QUE » qui ne sont pas ajustées à nous et à notre gros bon sens. Le truc, c’est que les IL FAUT QUE ne tiennent pas compte de la réalité, ni de tous les petits pas que nous faisons à chaque jour pour concrétiser, pas à pas, ce à quoi NOUS aspirons, nos valeurs. Lorsque j’étais une maman âgée d’un an, je me suis énormément jugée parce que j’avais des IL FAUT QUE qui m’invitaient à vivre dans la culpabilité de ne pas être à la hauteur de mes aspirations. Je me jugeais comme mauvais parent, incapable et incompétent, si je ne réussissais pas à atteindre mes idéaux, du premier coup. C’est ainsi que je restais coincée dans une spirale de jugements qui m’empêchait de voir que c’est justement par mes erreurs que j’apprenais à incarner mes aspirations.

Voici ce que j’ai appris, au cours de mes 12 années de parentalité:

  • Nous faisons de notre mieux avec les ressources que nous avons, à chaque moment.
  • Nous évoluons en faisant des erreurs. Voyons-les comme le processus par lequel nous grandissons et apprenons à réajuster son tir, une prochaine fois
  • Nous évoluons à chaque jour, si nous apprenons de nos erreurs. Dans la bienveillance pour soi et pour les autres.

C’est pareil pour notre partenaire. Pareil pour nos enfants. Nous cheminons vers la bienveillance, dans le respect de notre rythme et dans la confiance que nous avancerons, petit à petit.

Comme vous voyez, la seule recette que je propose est celle d’apprendre à aligner nos idéaux à nos actions: en somme, sonder notre cœur, remettre en question ce qui est pris pour acquis pour poser les actions qui ont le plus de sens pour nous ET tous les membres de notre famille, dans le respect de tous.

© Mitsiko Miller, 2015. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Partagez cet article sans modération, mais SVP, demandez la permission avant de reproduire (copier/coller) une partie, ou la totalité de cet article.

Parentalité positive et éducation bienveillante

Le mythe du sommeil solitaire: une vision occidentale du sommeil des bébés

parentalité positive (2)Par Mitsiko Miller

« Faire ses nuits » est devenu un incontournable must dans la parentalité occidentale, qui frôle l’obsession. Dans la société postmoderne dans laquelle nous vivons, le « travail à temps plein » est souvent la seule option proposée par les employeurs pour les parents, l’économie actuelle étant basée sur l’entrée de deux revenus pour couvrir les frais de base (maison, voiture, nourriture).

La réalité financière, sociale et économique impose un rythme soutenu aux parents qui se disent « essoufflés » : après une journée de travail occupée et stressante, la plupart des familles ne peuvent compter sur une grand-mère ou un autre membre de la famille (à part s’ils ont les moyens de se payer de l’aide) pour les appuyer : ils commencent donc un autre emploi à temps plein, après le travail rémunéré, celui de préparer les repas, de gérer la maison et de s’occuper des enfants.

Joindre les deux bouts : la réalité économique
La plupart de ces parents vivent une situation des plus stressantes et n’arrivent pas à maintenir le cap : il n’est pas surprenant qu’ils réclament un lieu calme et sans stimuli, et surtout, un sommeil réparateur! Ceci explique sans doute la popularité de l’entraînement au sommeil (avant le retour au travail, suite à un congé parental), de même que l’usage courant d’approches de discipline plus autocratiques (limites rigides et punitions), pour permettre aux parents de vivre un peu de répit dans leur quotidien turbulent.
La réalité économique et financière est partagée par bien des parents dans le reste du monde, même au tiers monde, qui se courbent également l’échine pour joindre les deux bouts. L’approche autocratique n’est également pas limitée à l’Occident : les violences ordinaires faites aux enfants, existent dans tous les pays, sous différentes formes. Pourtant, comment expliquer que ce n’est qu’en Occident que dormir seul, dès un très jeune âge, a pris une importance capitale, alors que dans la plupart du globe, il est totalement impensable de laisser un petit enfant seul, la nuit ?

L’Occident, et plus particulièrement les États-Unis est obsédé par l’autonomie précoce.

Sommeil solitaire : une croyance culturelle ?
Christine Gross-Loh, auteur américaine ayant vécu au Japon, avance une opinion : et si l’obsession du sommeil solitaire était culturelle ? Selon Gross-Loh, l’Occident, et plus particulièrement les États-Unis est obsédé par l’autonomie précoce. Elle raconte que le sommeil partagé était commun jusqu’au tournant du 19e siècle (note de Mitsiko : est-ce un hasard que ça coïncide avec l’industrialisation, l’exode et l’éclatement de la famille multi-générationnelle et… la venue de longues heures de travail ?) et tout a changé lorsque l’on s’est mis à associer « sommeil seul » avec progrès : la montée de l’influence scientifique a permis aux médecins de gagner en expertise et en crédibilité.

Alors qu’avant le 19e siècle, peu de personnes se préoccupaient de la cause des enfants, tout d’un coup, le monde scientifique publie des recherches et des livres proposant des méthodes pour améliorer l’hygiène des enfants (c’est compréhensible si nous nous rappelons le taux de mortalité infantile, qui existait dû à un manque d’éducation à l’hygiène, à l’époque).

Une nouvelle religion: la science ?
Bien qu’elle y fait référence, l’auteure de Parenting Beyond Borders ne mentionne pas l’immense influence du médecin behavioriste de John B. Watson sur l’éducation des enfants, aux États-Unis et ailleurs. Je souhaite prendre un moment pour le souligner, car il explique également la forte propension en Occident à favoriser l’entraînement au sommeil, puis à la propreté et enfin, à l’apprentissage, qui est si commune et encore prise pour acquis, aujourd’hui.

Watson affirmait que les enfants doivent être entraînés à devenir autonomes pour ne pas prendre de mauvais plis. Il voyait l’urgence de ne pas manifester d’amour et de chaleur aux enfants (selon moi, ce postulat est basé sur le principe que l’amour rend « faible » : ce serait donc un grand risque que de leur offrir réconfort et empathie !), pour éviter qu’ils deviennent mésadaptés et inaptes à fonctionner en société. De là est venue l’idée d’éviter de gâter les enfants, de peur qu’ils prennent de mauvaises habitudes – une croyance si ancrée aujourd’hui qu’il est encore populaire d’entendre des conseils basées sur cette peur.

En visite aux États-Unis, une famille japonaise était choquée de voir que les enfants avaient leur propre chambre et dormaient en solitaire. Ils croyaient également que le moniteur bébé, si commun dans les maisonnées occidentales, servait à créer des bruits de fond pour que le bébé puisse entendre ses parents et ne ressentir la séparation.

Bien qu’il serait absurde pour les parents d’aujourd’hui, de refuser d’exprimer de l’amour à un enfant, demeure le fait que la science est une devenue une référence importante pour les Occidentaux. Parfois, les discours alarmistes engendrent un stress énorme sur les parents, qui ne souhaitent que donner le meilleur à leurs enfants (pensons à la panique générale générée durant la crise de l’H1N1, au Québec). Combien de parents vivent de l’angoisse pour les siestes, les heures de sommeil, une saine alimentation, de peur que leurs enfants ne soient en « santé physique » ?

Suis-je en train de dire que la science est inutile? Non. Cela dit, j’ai à cœur que toutes personnes fassent des choix éclairés et approfondissent leurs recherches avant de prendre pour acquis que la science a réponse à tout: derrière une théorie (surtout en sciences humaines), il y a un postulat basé sur une croyance qui… cherche à être prouvée selon une démarche scientifique.

Le cododo au Japon
Revenons au livre de Gross-Loh : cette journaliste, qui a vécu plusieurs années au Japon où le cododo est la norme, a constaté que les Japonais étaient horrifiés d’apprendre les coutumes occidentales reliés au sommeil. Ils prennent pour acquis que tous les parents dorment avec leur bébé à travers le globe, au même titre que les Occidentaux prennent pour acquis que tous les parents du monde « aident » leur bébé à dormir seul, la nuit. Elle fait remarquer que les Japonais ne stressent pas avec le temps des siestes, ni la nuit, et ont du mal à comprendre l’obsession qu’ont les occidentaux avec la santé et la sécurité extrêmes des enfants. L’auteur rapporte une histoire vécue: en visite aux États-Unis, une famille japonaise était choquée de voir que les enfants avaient leur propre chambre et dormaient en solitaire. Ils croyaient également que le moniteur bébé, si commun dans les maisonnées occidentales, servait à créer des bruits de fond pour que le bébé puisse entendre ses parents et ne ressentir la séparation. :)

La santé et la sécurité physiques, une obsession ?
Elle spécule que cet écart s’explique par les divergences de croyances culturelles : l’Occident adopte un mode de vie individualiste qui se traduit par une éducation qui mise sur l’autonomie et l’indépendance, et la valorisation par l’épanouissement individuel du soi, alors que le reste du globe encouragent davantage des valeurs enracinées dans l’interdépendance.

Les propos de Gross-Loh me touchent particulièrement parce qu’ils mettent en perspective ce que nous prenons pour acquis : nos croyances culturelles. J’ai eu le bonheur d’être élevée dans une famille multiculturelle, par une mère d’origine japonaise. J’ai eu la joie d’être portée dans un onbuhimo (porte-bébé), de dormir à côté de mes parents et d’être valorisée pour ma sensibilité, qui était perçue comme une force et un don.

Lorsque mes enfants tardaient à faire « leur nuit », les propos de ma mère étaient rassurants : « Mitsiko, ton frère a fait ses nuits très tard. Et toi, tu vivais beaucoup d’anxiété, toute petite. C’était dur pour toi de t’endormir. Tu avais une imagination très fertile et tu avais souvent peur. Nous avons respecté cela. Et vint un temps où tu as été capable. » Vint un temps où j’en fus capable. Vint un temps où mon développement physiologique me permettait de dormir toute une nuit.

Cette discussion riche m’a amené à me poser des questions: sommes-nous conscients des influences culturelles sur notre parentalité ? Il y a-t-il, effectivement, comme le note Gross-Loh, une obsession en Occident de la santé et la sécurité physiques des enfants ? Les recherches alarmistes sur le cododo et le sommeil sont-elles justifiées ? Qu’en est-il de la santé émotionnelle ? Est-elle incluse dans les recherches sur le sommeil ?
Comment retrouver un équilibre ? Comment encourager les parents à réfléchir par eux-mêmes?

Dans mon cas, j’ai décidé d’accepter que mes enfants dormiront toute une nuit lorsqu’ils en seront physiologiquement capables. Parce que ce qui était le plus important pour moi dans cette expérience, c’était de pouvoir dormir ! J’ai choisi de lâcher prise de ce que je ne pouvais changer: quand ça arriverait. Et j’ai focalisé mon attention sur ce qui était en mon pouvoir de faire : trouver un moyen de, moi, dormir ET de m’assurer que mes enfants soient en santé ainsi qu’en sécurité physique ET émotionnelle. En pensant de manière créative, notre famille a trouvé une solution respectueuse de tous et qui marchait pour NOUS : pour mon partenaire, moi ET pour nos enfants.

Et vous ?

papLe sommeil de vos enfants vous préoccupe?
Procurez-vous le hors-série sur le sommeil de Parents à parents, où figure mon article et 99 pages de bonheur.

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Références
• Drina Candilis-Huisman, Naître et après? Du bébé à l’enfant, Gallimard, 1997
• Christine Gross-Loh, Parenting Without Borders, Penguin Books, 2013
• Robin Grille, Parenting for a Peaceful World, Longueville Media, 2005
• Carl Honoré, Éloge de la lenteur, Marabout, 2005
• Gilles Lipovetsky, L’ère du vide, Gallimard, 1983
• Didier Lette et Marie-France Morel, Une histoire de l’allaitement, La Martinière
• John B. Watson: article sur Wikipedia.org

Baume pour le coeur, Parentalité positive et éducation bienveillante

Lettre de gratitude à un enfant «difficile»

par Mitsiko Miller

Mon très cher enfant,
Je te suis infiniment reconnaissante pour toute la richesse que tu apportes à notre vie et les milliards d’apprentissages que tu me donnes l’occasion d’intégrer grâce aux défis que nous rencontrons et que nous surmontons ensemble, au quotidien.

cher henriJe veux t’exprimer ma gratitude la plus profonde. Tu m’apprends à lâcher prise, sans laisser aller. À aimer dans la considération de tous. À faire confiance. Tu m’apprends à écouter la sagesse du cœur.

Tu es un trésor.

Parfois, j’avoue. Je rêve de t’envoyer sur un cargo vers une destination inconnue parce que je trouve ça difficile, d’être un parent. Je souhaiterais plus de douceur et de répit. Je souhaite souvent plus de calme.

Surtout lorsque tu veux avoir le dernier mot. Lorsque tu t’obstines avec moi. Lorsque je sens le désespoir monter en moi parce que je suis fatiguée ou stressée.

Je te vois comme mon plus grand défi lorsque tu ne respectes pas notre entente pour le temps d’écran.

Lorsque tu te réveilles à 5 heures du matin en ouvrant toutes les lumières.

Lorsque tu poses des questions qui me confrontent énormément :

  • Dis-donc maman, tu as un petit ventre, maintenant. Tu es un tout petit peu grosse, mais tu es jolie comme ça. Vraiment. (Ce n’est pas une question, mais c’est tout de même confrontant ;))
  • Pourquoi les gens se tuent à la guerre? Pourquoi Staline a tué des gens de son propre peuple?
  • Pourquoi il y a tant d’adultes qui ne respectent pas les enfants?
  • Est-ce qu’on va devenir des esprits d’un autre monde, à notre mort, comme dans La guerre des étoiles?
  • Est-ce que tu m’aimerais, même si je devenais militaire?
  • Pourquoi Hitler a-t-il tué 6 millions de personnes et personne ne s’est opposée à lui?
  • Pourquoi ça existe le racisme, maman?
  • Pourquoi cette maman laisse pleurer son bébé?
  • Pourquoi je déteste souvent mon frère, mais pas vraiment, maman?
  • Pourquoi j’ai peur de mourir?
  • Pourquoi ça t’arrive de t’énerver, toi aussi, maman?

Ouf…

J’ai la tête qui tourne juste à penser à la quantité de mots qui se déversent de ta bouche en quelques minutes.

Je te rappelle souvent de prendre une respiration entre chaque phrase parce que, ce que tu partages m’intéresse, et je veux être capable de suivre la conversation.

Et je te suis tellement reconnaissante d’être infiniment curieux et vivant. D’avoir cette soif de comprendre et de pousser ta réflexion toujours un peu plus loin… pour cultiver ta liberté intérieure.

Et…

Je te suis tellement reconnaissante de m’obliger à grandir (non: de vouloir grandir!!!). À prendre responsabilité de mes émotions. À me respecter. À te laisser prendre tes propres responsabilités. À mieux me connaître pour offrir le meilleur de moi-même. À connaître mes limites, mes défis et mes dons. À savoir dire non avec douceur et amour. Souvent avec douce fermeté, dans une intention d’amour et de respect pour tous.

Je te suis infiniment reconnaissante de m’aider à penser à prendre soin de moi. À nourrir mon âme pour gérer les hauts et le bas de la vie de maman, de femme et d’adulte.

Lorsque tu es venu au monde et que tu prenais 30 tétées par jour, j’ai appris à me fier à mon instinct, à écouter nos besoins et à prendre soin de moi. J’ai surtout fait le deuil de vouloir posséder un bébé, pour t’accueillir, toi, individu à part entière. Le merveilleux toi unique.

Lorsque tu pleurais ‘sans cesse‘, j’ai appris à lâcher prise de ce que je ne pouvais changer, à accueillir le moment présent, à être résiliente, flexible, à demander de l’aide de mon entourage, à me reposer l’esprit et à veiller à vivre des petits moments de plaisir, tout en te gardant à mes côtés.

J’ai lu des milliards de romans et écouté mes standards préférés de jazz avec un plaisir fou, pendant que je te berçais dans mes bras. J’ai chanté et dansé, avec toi, collé sur mon cœur.

J’ai fait du yoga pendant que tu roulais entre mes jambes. J’ai appris à méditer dans le vacarme absolu, pendant que tu faisais un concert de casseroles, à mes côtés.

J’ai appris à écrire avec mes pieds et ma main droite pendant que tu dormais dans mes bras.

Lorsque tu as eu deux ans et que tu poussais les enfants au parc, j’ai appris à intervenir avec amour, pour le bien-être de tous. J’ai appris à me détacher du jugement des autres et à te guider pour t’apprendre à exprimer ton besoin d’espace avec plus de respect et de considération. J’ai appris à dire non avec amour. J’ai appris à me pardonner d’être plus qu’imparfaite, de faire des erreur et d’exprimer mon regret, sans culpabiliser.

Lorsque tu as fait des crises, j’ai appris à me détacher de ma propre réactivité, à ne pas paniquer, à me fier à mon instinct, à m’éduquer en allant à la source, plutôt que d’écouter l’avis d’autres parents, de médecins et de psychologues. J’ai lu sur le développement des enfants et la neuroscience pour mieux te comprendre. J’ai appris à jeter aux poubelles, les livres de « discipline » qui ne me convenaient pas et à écouter mon cœur. J’ai appris à me détacher avec amour. À nous protéger de tes coups en te prenant avec tendresse dans mes bras jusqu’à ce que tu te calmes. J’ai aussi appris à détecter les moments où toi ou moi étions susceptibles de péter un plomb – pour vivre plus de joie dans nos journées.

J’ai appris à décoder tes comportements en devenant détective en besoins. J’ai appris que la bienveillance peut être féroce, aimante et pas toujours facile… mais épanouissante. J’ai appris à être présente à mes pleurs, aux tiens et à ta frustration de ne pouvoir attraper la lune ou le soleil. À ma frustration de ne pouvoir être une mère parfaite.

J’ai appris que mes idéaux n’étaient pas toujours compatibles avec tes besoins. Comme lorsque je rêvais d’écoles alternatives et que tu y étais vraiment malheureux. J’ai lâché prise de mes attentes personnelles et je t’ai écouté, toi. J’ai appris à te voir totalement compétent et à te faire confiance.

J’ai appris à voir le positif dans les situations les plus catastrophiques. J’ai appris à avoir foi en moi et en toi. En la vie. J’ai appris à écouter mon cœur, peu importe ce que les gens pensaient de nous.

Parce que tu es magnifique.

Celui qu’on croyait un futur agresseur ou enfant roi est devenu celui qui aide les autres, protège les arbres et les oiseaux blessés, caresse les petits enfants qui pleurent, prend la parole face aux intimidateurs. Tu es celui qui parle au nom de tous les tiens pendant les conseils de coopération. Tu es celui qui envoie une pensée à toutes les personnes qui souffrent autour de toi. Tu es celui qui exprime ton amour et ton désaccord avec intensité.

Avec un peu plus de bienveillance, chaque jour.

Et parfois, pas du tout.

Parfois, on régresse pour mieux évoluer. :)

Et pourtant, nous trouvons toujours des solutions et des ententes communes.

Toute cette « vie » m’invite à réfléchir, à me dépasser et à grandir dans la clarté de ce que c’est vraiment aimer. M’aimer ET t’aimer. Me respecter ET te respecter. Prendre soin de moi ET prendre soin de toi. Prendre soin de nous ET de notre famille.

Merci du fond du cœur,

Maman

© Mitsiko Miller, 2013. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Baume pour le coeur, Communication bienveillante, Parentalité positive et éducation bienveillante

Les pères oublient

Crédit photo: Stock Exchange
Crédit photo: Stock Exchange

Voici un touchant témoignage d’un père prenant conscience de ses attentes irréalistes envers son enfant. Nous avons tous vécu ceci à un moment ou un autre de notre vie de parent,  père et mère. Regretter, s’excuser et surtout, apprendre de nos erreurs pour vivre avec plus de coeur.  – Mitsiko Miller, cpc

Petit, écoute-moi…
Tu dors, la joue dans ta menotte et tes boucles blondes collées sur ton front moite. Je viens de me glisser dans ta chambre…
Je veux te faire un aveu: tout à l’heure, tandis que je lisais mon journal dans le bureau, j’ai été envahi d’une vague de remords… J’ai été un peu dur avec toi aujourd’hui.
Ce matin, tandis que tu te préparais pour l’école, je t’ai grondé parce que tu te contentais de passer la serviette humide sur le bout de ton nez. Je t’ai réprimandé parce que tes chaussures n’étaient pas cirées. J’ai crié quand tu as jeté tes jouets à terre. Pendant le petit déjeuner, je t’ai encore rappelé à l’ordre: tu renversais le lait, tu étendais trop de beurre sur ton pain, tu avalais tes bouchées sans mastiquer, tu mettais les coudes sur la table…
Au moment de partir, tu t’es retourné en agitant la main et tu m’as dit «au revoir, papa!» Et je t’ai répondu en fronçant les sourcils: «Tiens-toi droit!»
Le soir, même chanson! En revenant de mon travail, je t‘ai guetté sur la route. Tu jouais aux billes, à genoux dans la poussière, tu avais déchiré tes bas! Je t’ai humilié en face de tes camarades, et te faisant marcher devant moi jusqu’à la maison: «Les bas coûtent cher ! Si tu devais les payer, tu serais sans doute plus soigneux!» (Imagine cela, petit, d’un père à son fils!)
Te souviens-tu ensuite? Tu t’es glissé timidement, l’air malheureux dans mon bureau pendant que je travaillais. J’ai levé les yeux et je t’ai demandé avec impatience «Qu’est-ce que c’est?» Tu n’as rien répondu, mais dans un élan irrésistible, tu as couru vers moi et tu as jeté tes bras autour de mon cou en me serrant avec cette dévotion touchante que Dieu a fait fleurir en ton cœur et que ma froideur même ne pouvait flétrir… Et puis, tu t’es enfui, et j’ai entendu tes petits pieds courant dans l’escalier.
Eh bien, mon fils, c’est alors que le livre a glissé de mes mains et qu’une terrible crainte m’a saisi. Voilà ce qu’avait fait de moi la manie des critiques et des reproches: un père grondeur! Je te punissais de n’être qu’un enfant. Ce n’est pas que je manquais de tendresse mais j’attendais trop de ta jeunesse. Je te jugeais d’après l’expérience de mes années.
Et pourtant, il y a tant de générosité, tant de noblesse et de loyauté dans ton âme. Ton petit cœur est vaste comme l’aurore qui monte derrière les collines. Je n’en veux pour témoignage que ton élan spontané pour venir me souhaiter le bonsoir.
Oublions tout le reste!
Ce soir, je viens m’agenouiller, plein de remords, près de ton lit. Je sais que tu ne comprendrais point toutes ces choses si tu pouvais les entendre. Mais demain, tu verras, je serai un vrai papa. Je deviendrai ton copain* (voir mon NB à ce sujet), je rirai quand tu riras ; je pleurerai quand tu pleureras. Et si l’envie de gronder revient, je me mordrai la langue, et je ne cesserai de me répéter comme une litanie: «ce n’est qu’un enfant… un petit enfant!»
J’ai eu tort. Je t’ai traité comme un homme. Maintenant que je te contemple dans ton petit lit, las et abandonné, je sais que tu n’es qu’un bébé.
Hier encore, tu étais dans les bras de ta mère, la tête sur son épaule… J’ai trop attendu de toi, beaucoup trop, pardonne-moi!»

* NB de Mitsiko: Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce passage. Je ne crois pas qu’accompagner son enfant consiste à devenir « copains ». On peut guider dans le respect, l’écoute et la bienveillance dans notre rôle de parent-phare (de sécurité et d’espoir). On peut certainement guider dans la joie, la complicité, le rire et le délice… sans être un « copain ». ;) Le sujet d’un autre article, hein?

Texte de William Livingston Larned tiré du livre Comment se faire des amis de Dale Carnegie

Merci au lecteur Florian Philip, pour ce magnifique partage :)

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen de 9 et 11 ans. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants pour les aider à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

activités

Citations inspirantes, Parentalité positive et éducation bienveillante

Citation: être en construction!

etre_en_contructionNous avons tendance à oublier qu’un enfant  est… un enfant!

Un enfant. Un être en construction qui donne de son meilleur avec les outils qu’il a dans le moment et en fonction de son développement. Ne l’oublions pas.

Mitsiko Miller, coach certifiée
Mitsiko aide enfants, adultes et couple à bâtir des ponts l’un vers l’autre pour vivre leur harmonie.
Ateliers à Montréal ♥ Coaching relationnel et parental ♥ Son blogue