Communication bienveillante, Parentalité positive et éducation bienveillante

Suivre son coeur

par Mitsiko Miller, cpc

rooseveltUn jour, alors que je faisais des courses avec mes enfants, nous avons entendu un bébé de 8 ou 9 mois hurler à s’époumoner dans la section fruits et légumes. Mes enfants ont accouru vers le petit pour répondre à ses pleurs.

Décoder les pleurs et les comportements
Parce que, oui, dans notre famille, nous avons la ferme conviction qu’un bébé communique avec les outils qu’il possède: par ses pleurs et, plus tard, par ses comportements. Les pleurs peuvent dire tant de choses, lorsque nous prenons le temps de les décoder : «J’ai besoin de tendresse», «J’ai froid», «J’ai faim», «J’ai peur», «J’ai mal». Lorsque nous écoutons attentivement et prenons le temps d’observer, nous remarquons alors qu’un bébé exprime très clairement ses besoins. Mais parfois, nous ne comprenons pas ni ne pouvons empêcher les pleurs : entre autres, lorsqu’ils sont fatigués ou qu’ils ont des «coliques». Dans ce cas, notre présence empathique, notre voix douce et la chaleur de nos bras les soulagent et les rassurent.

C’est ainsi que mes enfants ont été élevés et c’est la raison pour laquelle ils ont bien du mal à saisir pourquoi un parent ne répondrait pas aux pleurs de son bébé.

Bien sûr, il y a une myriade de raisons pour lesquelles les parents y deviennent moins réceptifs. Certains se sentent dépassés, épuisés ou stressés parce que leur enfant pleure beaucoup, ou parce qu’ils n’ont pas beaucoup de soutien autour d’eux. Par survie, ils font le choix de se donner un peu de répit.

En revanche, d’autres croient que c’est ainsi «qu’il faut faire», parce que cette pratique commune est encouragée pour éviter de « gâter » le bébé. Ma compréhension de l’idéologie derrière cette croyance repose, entre autres, sur le postulat behavioriste de John B. Watson supposant qu’un être humain doit être conditionné par son environnement (comme en témoigne la célèbre expérience menée par ce psychologue sur le (pauvre!) petit Albert B. en 1920).

La recherche actuelle prouve très souvent le contraire (car les recherches sont souvent faites en fonction des croyances des scientifiques émettant ces hypothèses). En somme, la tendance actuelle des recherches est vers la reconnaissance de la vie émotionnelle du bébé, que nous découvrons petit à petit depuis vingt ans, à travers l’intelligence émotionnelle et la neuroscience. Dans cet esprit, le neuropsychiatre Daniel J. Siegel démontre dans ses livres que d’être à l’écoute des besoins de son bébé et de soi encourage la relation d’attachement, aidant l’enfant à développer son autonomie et à son intelligence émotionnelle .

Un enfant émotionnellement intelligent
Selon John M. Gottman, ambassadeur de l’intelligence émotionnelle, le début de l’apprentissage de l’intelligence émotionnelle des enfants commence à la naissance : «Même lorsque les bébés sont encore dépendants, les parents peuvent inculquer l’importance de l’intelligence émotionnelle. Par notre réponse à leurs pleurs, le nourrisson comprend que toute émotion possède un dénouement, qu’il est possible de passer d’une émotion de détresse, de colère et de peur à un sentiment de confort et de rétablissement. Les bébés dont les besoins ne sont pas satisfaits, ont, dans leur cas, peu de chance d’apprendre. (…) Ils rentrent souvent dans un état passif et non-expressif la plupart du temps. Mais lorsqu’ils se fâchent, ils manquent de contrôle de soi, car personne ne les aide à cheminer d’un état de détresse vers un état de confort. Personne ne leur a appris comment se réconforter par eux-mêmes.»

Guider avec amour
J’estime, en effet, que notre rôle de parent n’est pas d’ignorer les communications de nos enfants, mais de les guider avec amour : les soutenir et les aider à se découvrir pour mieux se comprendre, s’épanouir et choisir des moyens de communiquer plus adaptés à la vie en groupe et à la société – en fonction de leur âge et de leur unicité .
Nous, les parents, sommes des phares qui accompagnons notre enfant vers l’autonomie et la responsabilisation en fonction de leurs capacités personnelles, leur tempérament et leur niveau de maturité développementale. Selon moi, la nature joue en notre faveur : elle nous a dotés d’une intuition parentale qui nous aide à rester à l’écoute, dans la flexibilité et l’ouverture. Nous pouvons ainsi accompagner nos enfants pour que la famille (parents et enfants) développe sa résilience face à ce qu’elle ne peut pas changer et apprenne à s’ajuster ce qu’elle peut « changer », dans le respect et l’équilibre de tous.
Je crois qu’un enfant qui a été entendu et dont les besoins sont pris en considération possède une confiance en soi et en son parent qui lui permettent de grandir à son plein potentiel: explorer le monde et bâtir la charpente de son être unique. Du moins, c’est mon expérience et celle de bien des familles autour de moi.

Attachement et bienveillance, les mal compris de la parentalité
L’ennui, c’est que cette vision de la parentalité est souvent mal comprise. Il y a tant de parents, qui, au nom de la parentalité proximale, répondent aux besoins de leur bébé au détriment des leurs, et finissent par s’épuiser. L’attachement proximal est difficile à appliquer parce qu’il demande de penser autrement. Mais vraiment. Il demande de la réflexion, du recul, de la créativité (focaliser sur l’apprentissage et non sur les erreurs que nous faisons), de l’investissement en temps pour trouver des solutions qui tiennent compte des besoins des parents ET des enfants. Il demande souvent que nous pensions hors du cadre : essayer, ajuster, réessayer, écouter, observer, être plein de compassion pour soi, se pardonner, questionner, faire le bilan de ses valeurs senties, apprendre à demander du soutien autour de soi et à communiquer pour trouver des solutions réalistes et concrètes pour créer l’environnement favorable pour SA famille unique.

Il en est de même avec la bienveillance et la parentalité positive. Elles sont souvent confondues avec le laxisme parce que plusieurs parents trouvent difficile d’accompagner leurs enfants émotionnellement et certains ne font pas la distinction entre «besoin» et «désir».

Comment gérer la colère? Quand dire «non»? Comment? Quand est-ce que mon enfant pleure de détresse? Quand est-ce tout simplement une déception de n’avoir pas pu combler ses désirs du moment? Un parent qui sonde son cœur, se fait confiance, connaît les préférences de son enfant ainsi que les siennes et connaît bien ses limites authentiques, sera en mesure de faire la distinction.

La voie du cœur, le chemin d’une vie
Ouf, vous me direz… Quel contrat!
Oui, c’est un investissement de longue haleine. C’est le chemin du cœur : une manière de vivre qui nous mène souvent hors des sentiers battus (et hors de notre zone de confort) en poussant la réflexion et notre cohérence intérieure toujours un peu plus loin.
Réflexion, comme…
Qu’est-ce qu’un désir? Une manière spécifique de combler un besoin. Comme, manger un biscuit. Quel est le besoin rattaché à cette stratégie? Manger.
Est-ce notre rôle de combler les désirs de nos enfants? Non.
Mais un bébé peut-il avoir des désirs? Je crois qu’un bébé est dépendant de nous, point final. Un bébé a besoin de nous pour satisfaire ses besoins et possède des capacités plus limitées qu’un enfant de quatre ans… Guidons nos enfants vers l’autonomie en fonction de leur capacité!
En grandissant, un enfant sera physiologiquement apte à attendre davantage et se sentira suffisamment entendu pour accepter de coopérer avec joie et même d’entendre un «non», même s’il proteste. Il sera capable d’être accompagné à travers sa colère et sa déception pour trouver une stratégie acceptable pour tous pour considérer les besoins derrière ses désirs. Tout cela dans le respect, la présence et la dignité pour tous.

Dilemme: appréciation ou intuition?
Mais revenons à cette maman. La mère continuait à faire ses courses en laissant son enfant pleurer dans la poussette, l’air nerveux. Elle fut extrêmement surprise de voir mes enfants faire des bouffonneries pour lui changer les idées.
J’imagine qu’elle luttait intérieurement entre son besoin d’approbation auprès des autres pour montrer ses compétences de mère et son envie de prendre son fils dans ses bras. Je voyais à quel point elle souffrait intérieurement face à ce dilemme, et son inconfort était palpable dans l’air. C’est pourquoi, lorsqu’elle a croisé mon regard, je lui ai fait un sourire signifiant « C’est difficile ce que tu vis! Tu te cherches et tu trouveras ta propre voie en temps et lieux. Fais-toi confiance, ma chère. »

Parent naissant, explorez votre voie unique!
Lorsque nous sommes parent naissant, nous expérimentons, nous tâtonnons parfois dans toutes les directions. Je me souviens de cette période où, encore jeune maman, je me cherchais. Qui suis-je? Qu’est-ce que je souhaite pour mes enfants? Quel est mon rôle de maman? Dois-je répondre aux pleurs de mon bébé? Il m’est arrivé d’essayer des techniques absurdes de contrôle de comportements apprises dans des livres, lorsque mon fils faisait des crises et que je ne savais pas trop quoi faire. J’ai très vite compris que ces techniques «toutes les tailles» allaient à l’encontre de mon intuition et nourrissaient mon sentiment d’impuissance face à ce que je vivais. Et je ne me sentais vraiment pas bien à appliquer une méthode qui ne me ressemblait pas.

Faites-vous confiance, écoutez votre cœur
La psychologue et représentante de la parentalité positive en France résume cette approche en une phrase : «Faites-vous confiance, écoutez votre cœur! »
J’ai mis du temps à me faire confiance : c’est en me questionnant et en observant ce qui ne marchait pas dans ma vie de parent et en ajustant mon tir que j’y suis parvenue. Je me souviens même d’avoir menti pour qu’on me laisse tranquille, car la pression était trop forte !
Je me souviens de tous les conseils confondants que tout passant se permettait de me lancer, des regards désapprobateurs, des jugements qui fusaient dans toutes les directions, peu importe ce que je faisais. Des conseils à en plus finir sur le sommeil, la discipline, le type de chaussures à acheter, les vitamines à prendre, les couches à acheter, les livres à lire.
Ces moments d’embarras et d’inconfort ont été très constructifs pour moi, car ils m’ont aidée à me poser des questions fondamentales: Qu’est-ce que je veux véhiculer à mon enfant? Comment puis-je l’aider à devenir un jour un adulte équilibré, épanoui et responsable?
Ils m’ont aidée à mieux me connaître et à devenir plus confiante dans mes compétences; bref, écouter mon cœur et poser des gestes en alignement avec mes valeurs à moi.
Et lorsque je vois mes grands enfants si empathiques et éveillés, je me dis: ça en valait vraiment le coup!

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

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Références :
• Isabelle Filliozat, Au cœur des émotions des enfants
• John M. Gottman, Raising an Emotionally Intelligent Child
• Daniel J. Siegel, Parenting from The Inside Out
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Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Baume pour le coeur, Parentalité positive et éducation bienveillante

Chère maman qui se sent critiquée

par Mitsiko Miller, cpc

intuitionChère maman qui se sent critiquée (et cher papa aussi :),

Viens te reposer un peu. Viens près de moi. Laisse-moi te tenir la main en silence. Je te tiens pendant que tu pleures ta rage et déverse ton désespoir. Je suis là avec toi. Et je t’écoute. Vas-y. Tu peux pleurer sur mes épaules (très confortables, selon mes enfants et mes clientes).

Pleure sur mes épaules et sur celles des milliards de mères qui se sont senties comme toi, jugées et isolées. Nous t’enveloppons de notre amour pendant que tu accueilles ces vagues de douleurs passagères, en toute sécurité. Nous sommes toutes là. Témoins de tes rêves, de ton amour. De ton expression unique, à toi. De tous tes efforts. De tout ton cœur.

Nous sommes présentes. Vas-y. Il y a des pleurs qui nous nettoient, nous libèrent et nous aident à accepter ce que nous ne pouvons pas changer. Accepter que nous ne pouvons plaire à tous. Que certains ne voient pas ou ne peuvent apprécier notre beauté et notre valeur. C’est douloureux.

Nous, et le cercle de mères, les avons pleurés ces larmes sacrées, et continuons à les pleurer, par moment.

Es-tu prête à m’écouter? Oui?

Avant de commencer, je veux que tu saches que, peu importe le choix que tu as fait, je te vois. Je vois tout l’amour que tu as pour tes enfants. Je ne suis pas là pour te juger. Je ne suis pas là pour te donner des conseils ou pour te dire quoi faire. J’ai trop confiance en toi et en tes capacités.

Oui, tu es vidée, en ce moment. Et, c’est pour ça que je suis là. Nous avons tous besoin l’une de l’autre dans nos moments sombres pour que l’autre nous montre que le soleil ne disparaît pas, lorsque notre nuage gris passe et nous aveugle. Après tout, l’être humain est un être social et a besoin de ses semblables: là, je devine que tu as besoin de quelqu’un pour t’accueillir avec présence. Je suis là. Je te vois, ma maman merveilleuse. Là, tout de suite, je devine que tu as aussi besoin de savoir que tu n’es pas seule. Que tu es aimée. Que tu peux te relâcher, en toute sécurité.

Lorsque ce nuage passera, tu pourras à nouveau voir la merveille qui existe en toi : cette vie, cet amour si puissant, ces rêves, ces valeurs si belles, cette joie, cette conviction qui te motivent à être la maman unique que tu es. Je te vois. Toute ta beauté. Toutes tes intentions. Je te vois. Toujours. Même lorsque tu pètes un plomb. Même lorsque tu n’es pas fière de toi. Même lorsque tu te juges. Que tu juges. Je te vois. Le cœur si vibrant de vie et débordant d’amour.

Je te serre dans mes bras de maman plus « vieille » qui a longtemps vécue cette tristesse face aux jugements, aux critiques et à sa détresse de se sentir seule au monde. Je suis là pour te rappeler que tu n’es pas seule. Qu’il y a de l’espoir.

Tu veux être entendue et respectée? Tu aimerais qu’on accepte que tu as choisi ta voie unique et que c’est un choix éclairé?

Tu veux avoir le droit de juste dire que « c’est difficile » sans qu’on ne t’offre un conseil? Vas-y, parle, je t’écoute. Tu veux de la paix d’esprit?

Tu veux cesser de devoir tout expliquer et de convaincre les autres des multiples raisons de tes choix? Tu en as assez des arguments de « bon parent Vs mauvais parent »? Oui, je vois à quel point tu es fatiguée de te battre, de donner de l’information sans être entendue, parfois même, de te sentir obligée de te justifier ou de sentir que tu n’es pas respectée ou que tu n’as pas le droit d’être qui tu es.

Tu veux te reposer un peu, hein? Tu veux un peu de douceur? :) Viens ici. Donne-toi la permission de vivre tes pleurs de résilience qui te lavent, te soulagent et t’aident à lâcher prise.

Reste avec ta peine sans te juger. Accueille cette vague. Accueille ces pleurs qui disent : « C’est dur d’être qui je suis et je me sens souvent seule. Mais malgré tout, je ne peux m’empêcher de suivre mon cœur et d’incarner les valeurs qui résonnent en moi. »

Si tu me permets, je voudrais bien partager avec toi ce que j’apprends à intégrer, petit à petit. Tu veux bien?

Le jugement des autres est l’expression tragique de leurs propres besoins.

De leur besoin d’être rassurés qu’ils sont eux-mêmes de bons parents.

De leur besoin d’être rassurés qu’on peut être heureux et épanoui en suivant sa propre voie.

De leur besoin d’être rassurés que ton enfant sera épanoui et responsable.

De leur besoin d’avoir des repères (et si tu choisis la parentalité de proximité, ouf!!! Les repères des autres sont bousculés de manière exponentielle!).

De leur besoin de comprendre et d’accueillir la diversité.

Ce n’est pas une critique de toi ou de ta personne.

Ce sont leurs propres inquiétudes qu’ils communiquent très maladroitement.

Parce que la plupart de nous manquons cruellement de capacités à communiquer sainement et pensons souvent avec nos croyances limitantes. Celles qui disent qu’il n’existe qu’une seule manière d’être heureux, une « voie absolue », un modèle, une bonne manière d’être un bon parent. Lorsque confrontés à la diversité qui nous ébranle, nous cherchons souvent un coupable, un bon et un méchant… Puis, nous donnons des conseils, polarisons et critiquons, dans notre incommunication.

Ne le prends pas personnel.

La voie absolue n’existe pas.

Ce qui marche pour toi, ne marche pas pour une autre.

Parce que tu es unique.

Unique et merveilleuse.

Ce qui marche pour elle ne marchera pas pour toi car elle est unique.

Et merveilleuse.

Mais maintenant, ma très chère maman. Tu as le choix.

Tu peux choisir de ne pas le prendre « personnel ».

Tu as le choix de célébrer la diversité des multiples voies uniques.

Tu as le choix de prévoir ces moments et les gérer plus efficacement.

Tu as le choix de voir que ces gens t’aiment et sont maladroits. Mais vraiment.

Tu peux choisir de boucher tes oreilles.

Tu peux choisir de ne pas fréquenter ces personnes.

Tu peux choisir de venir me lire ou d’appeler une amie pour qu’elle t’offre son épaule lorsque tu n’en peux plus.

Tu peux choisir de prendre ton courage à deux mains et parler de cœur à cœur – sans blâmer et sans accuser.

Tu as le choix de voir que ces moments ne sont que des nuages qui cachent le soleil pour un tout petit instant (certes, super giga méga intense…). Le soleil est toujours là.

Tu as le choix.

Toi, seule, sait quoi faire.

Le nuage est passé? Tu as repris confiance en toi? Ahhhh!!!! Reviens me relire, au besoin. :)

© Mitsiko Miller, 2013. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants pour les aider à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.