Parentalité positive et éducation bienveillante

Un remède à la survie et au stress: vivre dans le slow

brownVivre à cent mille à l’heure, c’est essoufflant…

Combien sommes-nous à trouver que la vie va trop vite aujourd’hui? Combien sommes-nous à souhaiter ralentir ce rythme de vie qui semble de plus en plus rapide, où tout semble aller de plus en plus vite, et encore plus vite? Avec une famille, ne nous le cachons pas, le tempo peut vite tourner à la frénésie et générer un niveau de stress intolérable qui ferait vaciller les personnes les plus endurcies.

En voulant bien faire, nous multiplions les activités à en perdre le cap et à crouler sous des responsabilités multiples.

Entre la garderie, le travail, les projets, l’école, les cours de natation, les scouts et les devoirs, il n’est pas rare que nous ayons l’impression de participer au décathlon où nous avons à maîtriser plusieurs arts dont la psychologie, les déplacements multiples, la gestion des horaires, des repas, des devoirs et… du moral de tous. À travers ce dédale de tâches, on nous dit également qu’il est important de prendre soin de soi et de nourrir notre couple… finalement, en voulant bien faire, nous multiplions les activités à en perdre le cap et à crouler sous des responsabilités multiples.

Ce fut mon cas. Malgré mon engagement à vivre dans la lenteur depuis des décennies, je me suis vue happée par le temps, prise dans un tourbillon infernal de rendez-vous lorsque notre famille a vécu un moment à défi : j’ai vu mon horaire se charger comme celui d’un PDG de grande entreprise, courant d’un rendez-vous à l’autre. Mon niveau de stress a grimpé en flèche. Je suis passée d’essoufflée à déstabilisée, au point de me réveiller le matin en sursaut, le cœur battant la chamade. Cette situation n’a duré que quelques semaines. Pourtant, il m’arrive de reconnaître ces symptômes chez bien des personnes que je croise dans la rue.

Comment est-ce possible de vivre autant de stress ? Le fondateur de la théorie du stress, Hans Selye, explique que cet état est une réponse corporelle à un stimulus extérieur qui mobilise tout notre corps selon une réaction en chaîne pour s’adapter au changement, face à chaque situation rencontrée : « le phénomène de stress est un dispositif de vigilance salvatrice et la sur-vigilance est dommageable lorsque la quantité de demandes dépasse la capacité de réponses du sujet. » (information tirée de Wikipedia)

En effet, Selye distingue le stress négatif (détresse) du stress positif (eustress). Autant l’eustress facilite notre adaptation aux besoins de la situation tout en assurant notre survie, autant la détresse crée un déséquilibre à long terme et un impact sur notre santé psychologique et physique.
Comment éviter de tomber dans la détresse ? C’est le cri d’alarme que lance Carl Honoré depuis la sortie de son livre, Éloge de la lenteur, qui remonte à plus de 10 ans déjà (2004), avec lequel il nous invite à ralentir.

Drogués des activités ?
Dans une entrevue avec L’Express, Honoré parle du virus de la vitesse et du ralentissement pour y remédier :
« En Occident, personne, ou presque, n’échappe au virus. Sans doute parce que nous vivons dans une culture de consommation et que nous brûlons d’accumuler autant de biens et d’expériences que possible. Nous voulons faire une carrière honorable, nous occuper de nos enfants, sortir avec nos amis, pratiquer un sport, aller au cinéma, jouir d’une vie sexuelle harmonieuse… Il en résulte un constant décalage entre ce que nous attendons de la vie et ce que nous en obtenons, lequel nourrit le sentiment que nous n’avons jamais assez de temps. Du coup, la tentation d’aller plus vite, de courir contre la montre devient irrésistible. Nous sommes devenus des drogués de l’activité. Selon une étude menée en 2003 auprès de 5 000 travailleurs britanniques, 60 % des personnes interrogées déclaraient ne pas envisager de prendre toutes leurs vacances. Et savez-vous qu’en moyenne les Américains délaissent chaque année un cinquième de leurs congés ? »
Inquiétant de voir qu’en voulant être plus heureux, nous en faisons plus, plus, plus, au point de perdre l’équilibre et d’oublier notre objectif initial : être plus heureux !

Course contre la montre ? La performance
Dans un article paru récemment dans Coup de pouce, Guylaine Deschênes, auteure de L’Art de concilier le travail et la vie personnelle, partage son point de vue : « La conciliation est devenue plus difficile à cause de la course à la performance et à la perfection, qui est encore plus intense qu’avant. On veut tout faire, tout réussir, tout ça en ayant l’air zen. Nos enfants sont bilingues, on a un demi-marathon derrière la cravate, on siège au comité de parents, on sait cuisiner le quinoa de 15 façons différentes, on vient d’accepter une promotion, on s’occupe régulièrement de notre mère sur le déclin et, bien entendu, on se garde un peu de temps pour notre couple « parce que c’est essentiel » ! »

Essoufflant, hein ? Ces constats exposés par Deschênes et Honoré nous invitent à questionner le rôle que prend la performance dans nos vies et à réfléchir à la manière dont nous consommons.

Ralentir
En réaction à la société de consommation de choses, de temps et d’activités, est né le courant Slow qui vante les vertus d’un ralentissement du rythme pour trouver le meilleur tempo nous permettant de vraiment apprécier la vie.
Initié en 1986 par le critique gastronomique italien Carlo Petrini en guise de protestation contre l’ouverture d’un McDonald sur la Piazza di Spagna de Rome, le Slow commence par inviter la lenteur dans notre consommation gastronomique, le Slow Food (nourriture lente), puis gagne du terrain : on intègre le Slow Living (vie lente) et aussi le Slow Parenting (parentalité lente).

Le slow, quoi ?
Qu’est-ce que c’est, au juste, le Slow Parenting ? C’est une invitation à ralentir avec nos enfants. Les recherches démontrent effectivement les bénéfices de ralentir et d’intégrer du jeu libre et du temps non structuré sur le développement de la créativité, des compétences sociales, de l’autonomie et de l’estime de soi. Comment un enfant peut-il s’épanouir s’il ne peut bénéficier de temps libres, de moments pour décompresser, se déposer, rêver et relaxer ? C’est ce que le Slow Parenting préconise. Prioriser le temps libre, les jeux libres et le temps passé ensemble.
Est-ce vraiment nécessaire de surcharger les horaires de nos enfants et de structurer chaque minute de leur temps ? Est-ce si important que notre enfant apprenne le mandarin à 4 ans ? À quand remonte le dernier fou rire partagé en famille ? Et la dernière partie de Monopoly, un dimanche paresseux ? Et la randonnée dans les bois ? Comment peut-on apprécier la vie si nous sommes trop stressés, chargés, speedés, sans temps libre ni moment pour décompresser, relaxer, rêver et rire ?

Tempo giusto !
Tout est une question d’équilibre, rappelle Honoré : « Chercher à vivre ce que les musiciens appellent le tempo giusto, la bonne cadence, en allant vite lorsque notre activité l’exige et en se ménageant des pauses dès qu’on le peut. »
Le tempo giusto pour vivre, et non survivre.
Qui plus est,
vivre heureux.

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants pour vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Références citées dans ce texte:
• Retrouver sa tortue intérieure, entrevue avec Carl Honoré par Lydia Bacrie dans L’Express
• Conciliation travail-famille, entrevue avec Guylaine Deschênes par Isabelle Bergeron dans Coup de Pouce
• L’importance du temps libre, article de Silvia Galipeau
• Hans Selye et le stress

Communication bienveillante, Parentalité positive et éducation bienveillante

Arrête tes caprices!

par Mitsiko Miller

affiche BlogJe rencontre tant de parents qui, ne sachant que faire durant les crises de leur enfant, deviennent rigides et punitifs en espérant modifier le comportement de leur enfant.

C’est sans doute parce qu’ils ont peur de se faire juger dans leurs compétences de parent, face aux autres, ou encore, parce qu’ils ont « tout essayé » et rien ne semble fonctionner. Ils en viennent à avoir peur d’élever un enfant « capricieux » qui ne mûrit pas, qui sera violent, malgré tous leurs efforts.

Malheureusement, ce sont justement ces peurs qui les empêchent d’intervenir de manière efficace!

Un enfant qui fait une crise est un enfant en détresse.
Je répète:
un enfant
en crise
est un enfant
en détresse.

Allons plus loin: un parent en crise (qui tape, qui hurle, qui insulte ou qui punit) est un parent en détresse.
C’est un parent qui fait de son mieux, mais ne trouve pas d’issues bienveillantes pour se faire entendre.
Si nous disons à un parent en crise: « Arrête de faire tes caprices! »
il y a des chances qu’il vous envoie paître, sur le champ.
Pourquoi? Parce qu’une crise, c’est un débordement émotionnel qui dit: « Je n’en peux plus!!!! ».
Ce n’est pas un caprice.
C’est un langage un peu maladroit (quand même!!!) pour exprimer un trop-plein.

Et c’est pareil pour les enfants.

Surtout, les petits enfants qui ont besoin de beaucoup de soutien des adultes pour s’autoréguler.

Lorsqu’on dit à un enfant: « arrête tes caprices!!!! », il y a des chances qu’il réagisse de deux façons:

  • Il aura peur qu’on lui retire de l’amour et choisira d’enfouir ses émotions, au fond de lui. Le résultat étant que cette émotivité s’accumulera et explosera (« Je te déteste! », agressivité, coupure des sentiments) et/ou implosera (« Je suis nul », impuissance, insomnies, symptômes et maladies psychosomatiques) à un moment inattendu.
  • Il hurlera plus fort en insultant, en frappant, ou en cassant tout sur son passage, jusqu’à en pleurer de rage pour s’assurer d’être entendu.

Guider pour s’épanouir est essentiel
En tant qu’adultes et parents, c’est notre rôle d’accompagner les enfants et les aider à exprimer leurs besoins avec plus de respect et de considération, au fur et à mesure qu’ils grandissent.

Mais peu en sont capables: lorsque les adultes voient des enfants donner des coups, faire des crises ou insulter, plusieurs se sentent choqués, impuissants, stressés, inquiets, jugeant inacceptables ces comportements. Résultat: ils se fâchent, désespèrent, crient, insultent à leur tour, punissent, se refermant dans un cycle de reproches, de jugements, d’indignation et de désespoir – sans jamais trouver de véritables solutions (à long terme) aux défis rencontrés.

Agir ainsi nous empêche d’avoir la présence empathique, qui permettrait justement aux enfants de s’affranchir de leur émotivité, de trouver des solutions et de grandir émotionnellement.

Nos enfants ont besoin de nous pour s’autoréguler petit à petit, pour se découvrir, s’ancrer, se sentir en sécurité, s’épanouir, être informés de l’impact de leurs gestes sur les autres, parfois être redirigés, nous voir intervenir en cas de danger, réfléchir, apprendre à mieux gérer leurs émotions à leur rythme, trouver des solutions réalistes et durables et se voir compétents et capables.

Êtes-vous détective en besoins?
Essayez-vous de comprendre quel besoin motive les crises, les pleurs et comportements de votre enfant?
Au même titre que les pleurs d’un bébé, un comportement est un mode de communication qui exprime (souvent maladroitement) un besoin. Les comportements nous renseignent sur ce qui touche profondément cette personne et ce qu’elle n’arrive pas à exprimer clairement (et avec respect).

Apprendre à communiquer est tout un art qui prend de la pratique, de l’observation, et surtout des outils pour apprendre à décoder, comprendre, désamorcer des crises, parler authentiquement et trouver des solutions bienveillantes qui marchent pour tous.

Apprenons à être détective en besoins: cherchons à comprendre pourquoi nos enfants ont des comportements désagréables et quels besoins ils tentent maladroitement d’exprimer, pour pouvoir les aider à ajuster le tir, une prochaine fois.

LES CLASSIQUES
Bouder, attitude négative, lassitude
Comportements traduits en phrases:
« De toute façon, tu t’en fous de ce que je pense. Pfff! »
« Tu ne m’écoutes pas, alors je décroche »
« Je suis triste et je ne veux pas me montrer vulnérable devant toi »
« Je n’ai pas confiance qu’on me considère vraiment »
Besoins possibles derrière les comportements: Confiance en l’autre, espoir, écoute (être entendu), empathie (être vu et compris), compétence (se sentir capable), contribution (vouloir mettre ses compétences à profit), sens de sa valeur.

Taper, frapper, pousser
Comportements traduits en phrases:
« J’ai besoin d’espace! Tasse-toi VITE!!!!!! »
« Arrête! Je ne sais plus comment te le dire!»
« J’ai de la peine!!!!! J’ai peur!!!!! »
« Oh, il réagit lorsque je tape. Hmmm… intéressant… »
« Je veux jouer avec eux et je suis trop gêné pour leur parler parce qu’ils m’impressionnent. »
Besoins possibles derrière les comportements: Espace, repos, calme, écoute, respect, considération, empathie, espoir, confiance, exploration du pouvoir et des réactions.

Opposition et lutte de pouvoir
Comportements traduits en phrases:
« Écoute-moi!!!! Je veux parler!!! Écoute-moi!!!!!! »
« As-tu pensé à moi? Suis-je important à tes yeux? »
« Je me sens attaqué et critiqué! Est-ce que tu m’aimes vraiment? »
« Je ne me sens pas compétent! »
« Ce n’est pas juste! »
« Je ne comprends pas la pertinence de ta demande. Aide-moi à comprendre les raisons de ta requête!»
Besoins possibles derrière les comportements: Écoute, considération, compréhension, sens, respect, amour, choix, autonomie, confiance.

Crises:
Comportements traduits en phrases
« Je suis fatigué et/ou j’ai l’estomac vide et/ou je suis trop stimulé: je me désorganise! »
« Lorsque j’entends NON, j’entends « tu ne m’aimes pas » »
« Trop de choix! Trop de responsabilités!!! Trop!!!! »
« Je vis trop d’émotions et je me sens submergé! »
Besoins possibles derrière les comportements: nourriture (faim), repos physique, écoute, empathie, sécurité (manque de repères), repos mental (sur-stimulation), connaissance (comprendre ce qui se passe), but (donner du sens), auto-empathie (se comprendre).

Maman, tu es méchante! Je te déteste!
Comportements traduits en phrases:
« Je suis triste et je veux de la tendresse! »
« M’aimes-tu? »
« Je t’aime, alors pourquoi on se fait de la peine? »
« Ne vois-tu pas que je fais de mon mieux? »
Besoins possibles derrière les comportements: Écoute, appartenance, compétence, empathie (être vu pour ses efforts et ses intentions), tendresse, douceur, chaleur, amour, confiance.

Cet enfant est un cas désespéré!
Comportements traduits en phrases
« Oh non!!!! C’est un futur criminel! Je suis terrifiée! »
« J‘ai tout essayé et ça ne marche pas! »
« Est-ce que ça sera toujours aussi difficile? »
« Qu’ai-je fait de travers pour que mon enfant soit si désadapté? »
« Je suis crevée et à bout de souffle!!! »
Besoins possibles derrière les comportements: Compétence, acceptation (résilience), écoute, soutien, repos, respect, considération, évolution (aller de l’avant), douceur, confiance (que mon enfant va s’épanouir dans le respect et la responsabilité), espoir.

Les besoins, une liste partielle

Bébé et bambin:
Amour, proximité, chaleur, eau, nourriture saine, évacuation, repos, sécurité, prévisibilité, tendresse, compétence, exploration, choix, repos, autonomie, respect du rythme unique de chacun, etc.

Enfant:
Amour, appréciation, prévisibilité, écoute, clarté, appartenance, choix, compétence, expression de soi, réassurance, acceptation (résilience), confiance, tendresse, repos mental, sécurité, contribution, etc.

Adolescent:
Amour, appartenance, choix, autonomie, liberté, expression de soi, confiance en soi, compétence, contribution, exploration, écoute, réassurance, valorisation, confiance, etc.

Parent:
Repos, douceur, amour, soutien, écoute, partenariat, partage, tendresse, considération, appréciation, reconnaissance, compétence, contribution, confiance, sens de sa valeur, partage d’une vision commune, appartenance, etc.

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article