Baume pour le coeur, Parentalité positive et éducation bienveillante

Lettre de gratitude à un enfant «difficile»

par Mitsiko Miller

Mon très cher enfant,
Je te suis infiniment reconnaissante pour toute la richesse que tu apportes à notre vie et les milliards d’apprentissages que tu me donnes l’occasion d’intégrer grâce aux défis que nous rencontrons et que nous surmontons ensemble, au quotidien.

cher henriJe veux t’exprimer ma gratitude la plus profonde. Tu m’apprends à lâcher prise, sans laisser aller. À aimer dans la considération de tous. À faire confiance. Tu m’apprends à écouter la sagesse du cœur.

Tu es un trésor.

Parfois, j’avoue. Je rêve de t’envoyer sur un cargo vers une destination inconnue parce que je trouve ça difficile, d’être un parent. Je souhaiterais plus de douceur et de répit. Je souhaite souvent plus de calme.

Surtout lorsque tu veux avoir le dernier mot. Lorsque tu t’obstines avec moi. Lorsque je sens le désespoir monter en moi parce que je suis fatiguée ou stressée.

Je te vois comme mon plus grand défi lorsque tu ne respectes pas notre entente pour le temps d’écran.

Lorsque tu te réveilles à 5 heures du matin en ouvrant toutes les lumières.

Lorsque tu poses des questions qui me confrontent énormément :

  • Dis-donc maman, tu as un petit ventre, maintenant. Tu es un tout petit peu grosse, mais tu es jolie comme ça. Vraiment. (Ce n’est pas une question, mais c’est tout de même confrontant ;))
  • Pourquoi les gens se tuent à la guerre? Pourquoi Staline a tué des gens de son propre peuple?
  • Pourquoi il y a tant d’adultes qui ne respectent pas les enfants?
  • Est-ce qu’on va devenir des esprits d’un autre monde, à notre mort, comme dans La guerre des étoiles?
  • Est-ce que tu m’aimerais, même si je devenais militaire?
  • Pourquoi Hitler a-t-il tué 6 millions de personnes et personne ne s’est opposée à lui?
  • Pourquoi ça existe le racisme, maman?
  • Pourquoi cette maman laisse pleurer son bébé?
  • Pourquoi je déteste souvent mon frère, mais pas vraiment, maman?
  • Pourquoi j’ai peur de mourir?
  • Pourquoi ça t’arrive de t’énerver, toi aussi, maman?

Ouf…

J’ai la tête qui tourne juste à penser à la quantité de mots qui se déversent de ta bouche en quelques minutes.

Je te rappelle souvent de prendre une respiration entre chaque phrase parce que, ce que tu partages m’intéresse, et je veux être capable de suivre la conversation.

Et je te suis tellement reconnaissante d’être infiniment curieux et vivant. D’avoir cette soif de comprendre et de pousser ta réflexion toujours un peu plus loin… pour cultiver ta liberté intérieure.

Et…

Je te suis tellement reconnaissante de m’obliger à grandir (non: de vouloir grandir!!!). À prendre responsabilité de mes émotions. À me respecter. À te laisser prendre tes propres responsabilités. À mieux me connaître pour offrir le meilleur de moi-même. À connaître mes limites, mes défis et mes dons. À savoir dire non avec douceur et amour. Souvent avec douce fermeté, dans une intention d’amour et de respect pour tous.

Je te suis infiniment reconnaissante de m’aider à penser à prendre soin de moi. À nourrir mon âme pour gérer les hauts et le bas de la vie de maman, de femme et d’adulte.

Lorsque tu es venu au monde et que tu prenais 30 tétées par jour, j’ai appris à me fier à mon instinct, à écouter nos besoins et à prendre soin de moi. J’ai surtout fait le deuil de vouloir posséder un bébé, pour t’accueillir, toi, individu à part entière. Le merveilleux toi unique.

Lorsque tu pleurais ‘sans cesse‘, j’ai appris à lâcher prise de ce que je ne pouvais changer, à accueillir le moment présent, à être résiliente, flexible, à demander de l’aide de mon entourage, à me reposer l’esprit et à veiller à vivre des petits moments de plaisir, tout en te gardant à mes côtés.

J’ai lu des milliards de romans et écouté mes standards préférés de jazz avec un plaisir fou, pendant que je te berçais dans mes bras. J’ai chanté et dansé, avec toi, collé sur mon cœur.

J’ai fait du yoga pendant que tu roulais entre mes jambes. J’ai appris à méditer dans le vacarme absolu, pendant que tu faisais un concert de casseroles, à mes côtés.

J’ai appris à écrire avec mes pieds et ma main droite pendant que tu dormais dans mes bras.

Lorsque tu as eu deux ans et que tu poussais les enfants au parc, j’ai appris à intervenir avec amour, pour le bien-être de tous. J’ai appris à me détacher du jugement des autres et à te guider pour t’apprendre à exprimer ton besoin d’espace avec plus de respect et de considération. J’ai appris à dire non avec amour. J’ai appris à me pardonner d’être plus qu’imparfaite, de faire des erreur et d’exprimer mon regret, sans culpabiliser.

Lorsque tu as fait des crises, j’ai appris à me détacher de ma propre réactivité, à ne pas paniquer, à me fier à mon instinct, à m’éduquer en allant à la source, plutôt que d’écouter l’avis d’autres parents, de médecins et de psychologues. J’ai lu sur le développement des enfants et la neuroscience pour mieux te comprendre. J’ai appris à jeter aux poubelles, les livres de « discipline » qui ne me convenaient pas et à écouter mon cœur. J’ai appris à me détacher avec amour. À nous protéger de tes coups en te prenant avec tendresse dans mes bras jusqu’à ce que tu te calmes. J’ai aussi appris à détecter les moments où toi ou moi étions susceptibles de péter un plomb – pour vivre plus de joie dans nos journées.

J’ai appris à décoder tes comportements en devenant détective en besoins. J’ai appris que la bienveillance peut être féroce, aimante et pas toujours facile… mais épanouissante. J’ai appris à être présente à mes pleurs, aux tiens et à ta frustration de ne pouvoir attraper la lune ou le soleil. À ma frustration de ne pouvoir être une mère parfaite.

J’ai appris que mes idéaux n’étaient pas toujours compatibles avec tes besoins. Comme lorsque je rêvais d’écoles alternatives et que tu y étais vraiment malheureux. J’ai lâché prise de mes attentes personnelles et je t’ai écouté, toi. J’ai appris à te voir totalement compétent et à te faire confiance.

J’ai appris à voir le positif dans les situations les plus catastrophiques. J’ai appris à avoir foi en moi et en toi. En la vie. J’ai appris à écouter mon cœur, peu importe ce que les gens pensaient de nous.

Parce que tu es magnifique.

Celui qu’on croyait un futur agresseur ou enfant roi est devenu celui qui aide les autres, protège les arbres et les oiseaux blessés, caresse les petits enfants qui pleurent, prend la parole face aux intimidateurs. Tu es celui qui parle au nom de tous les tiens pendant les conseils de coopération. Tu es celui qui envoie une pensée à toutes les personnes qui souffrent autour de toi. Tu es celui qui exprime ton amour et ton désaccord avec intensité.

Avec un peu plus de bienveillance, chaque jour.

Et parfois, pas du tout.

Parfois, on régresse pour mieux évoluer. :)

Et pourtant, nous trouvons toujours des solutions et des ententes communes.

Toute cette « vie » m’invite à réfléchir, à me dépasser et à grandir dans la clarté de ce que c’est vraiment aimer. M’aimer ET t’aimer. Me respecter ET te respecter. Prendre soin de moi ET prendre soin de toi. Prendre soin de nous ET de notre famille.

Merci du fond du cœur,

Maman

© Mitsiko Miller, 2013. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Citations inspirantes, Parentalité positive et éducation bienveillante

Citation: tendre est le coeur d’un enfant

Tendre_FRpar Mitsiko Miller, cpc

Nous trouvons si difficile de garder notre coeur ouvert lorsque nous nous sentons stressé, ou en colère. Nous oublions que le coeur est tendre!!! Nous prêtons parfois des intentions qui n’existent que dans notre esprit et sautons vite aux conclusions: cet enfant veut me manipuler! Cet enfant fait exprès!

Prenez une respiration profonde.

Prenez le temps de sonder votre coeur.

« Est-ce vraiment vrai? » ou est-ce plutôt votre « pilote automatique » qui cherche un fautif?

Sondez votre coeur. Que ressentez-vous?

Qu’est-ce qui stimule ce sentiment en vous?

Prenez responsabilité de vos propres sentiments et parlez au JE.

Nous pouvons exprimer nos sentiments les plus intenses avec amour et tendresse pour l’autre. N’oublions pas, tendre est notre coeur. Tendre est le coeur de tout enfant, petit ou grand. Et c’est en parlant d’un coeur à l’autre que nous entretenons la relation ET la coopération. Prenons-en grand soin!

Aujourd’hui, posez-vous la question: comment puis-je prendre soin de mon coeur et de celui de mon enfant?

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen de 9 et 11 ans. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants pour les aider à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

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Communication bienveillante, Parentalité positive et éducation bienveillante

Pourquoi, en colère, nous ne pouvons réfléchir

par Mitsiko Miller

colerePourquoi nos mains tremblent-elles lorsque nous ressentons de la colère? Pourquoi avons-nous tant de difficulté à nous calmer, malgré tous nos efforts? Pourquoi, tout d’un coup, voulons-nous avoir raison et sommes prêts à nous battre jusqu’à la mort???? Pourquoi, tout d’un coup, nous nous surprenons à faire ou dire des choses que nous savons que nous regretterons plus tard, et pourtant…. nous ne pouvons-nous empêcher de faire ou de dire??!!
Lorsque j’ai découvert le travail du neuropsychiatre Daniel J. Siegel, auteur des livres Parenting from the Inside Out et The Whole Brain Child (dont je parle trrrrès souvent dans mes ateliers), j’ai pu enfin comprendre pourquoi nous ou nos enfants perdons tant nos moyens, lorsque nous sommes envahis par des sentiments de colère ou de stress.

À l’aide d’un modèle simple, Siegel explique comment notre cerveau réagit face à des stimuli qui provoquent chez nous la peur, le stress, ou la colère. Comprendre ce fonctionnement m’a aidé à m’affranchir de ma culpabilité paralysante lorsque je me demandais comment était-ce possible pour moi de replonger dans un mode combatif après tant d’année de travail sur moi, et surtout, à trouver des moyens efficaces et proactifs pour en sortir.

Lorsque nous crions, perdons notre calme, il est commun que nous nous jugeons incapable et colérique. Ainsi, après avoir cédé à la réactivité en faisant subir une forme de violence à l’autre, nous rentrons alors dans un nouveau cycle de violence, celui envers soi: la culpabilité.

Au lieu de juger nos actes et nos gestes, voyons notre colère comme un drapeau rouge nous invitant à sonder notre cœur pour comprendre ce qui nous touche vraiment pour apprendre de nos erreurs et faire autrement une prochaine fois. Bien sûr, nous allons souhaiter exprimer du regret. Mais est-ce nécessaire de se blâmer et se critiquer pour autant (forme de violence)?

Dans cette vidéo (4 minutes) expliquant le processus (enfin!!!!) en français, Nadine Gaudin de l’Association Discipline Positive France (que j’ai eu le plaisir de rencontrer au cours d’une formation en discipline positive) nous montre à l’aide de son poing ce qui arrive à notre cerveau lorsque sommes en état d’alerte.

 Le modèle du cerveau selon Siegel

Lorsque je pète un plomb: combat/fuite Lorsque je suis calme: intégration
Flip_lid Integration
Lorsque je me sens stressé ou en colère, je perds accès aux parties de mon cerveau qui me permettent d’être empathique, flexible, de raisonner et de trouver des solutions. Je me déconnecte totalement et tombe dans le fonctionnement du mon cerveau reptilien: immobilisation, attaque, fuite et survie! Aucun moyen de parler, de raisonner et d’écouter… Lorsque je suis calme, j’ai accès à une partie du cerveau supérieur (cortex préfrontal) où mes facultés d’autorégulation des émotions, d’empathie, de prise de décisions, de logique et de raisonnement sont en fonction.

En comprenant le principe de Siegel, j’ai réalisé qu’il était totalement inutile de tenter de trouver des solutions lorsque j’étais dans le mode combat/fuite. Il était mieux de prendre une pause pour me recentrer.

Et respirer profondément n’a jamais été suffisant dans mon cas. J’ai, avant tout, besoin de prendre du recul pour comprendre ce qui se passe en moi et pour retrouver des moyens réellement efficaces pour revenir à la « vie ».

La discipline positive suggère de prendre « le temps de pause » pour revenir aux fonctions de notre cerveau supérieur. Quant à moi, je trouve encore plus efficace de pratiquer l’auto-empathie, processus extrêmement puissant de la Communication NonViolente (CNV) qui m’aide à me recentrer en quelques millisecondes (lorsque nous y sommes vraiment habitués, bien sûr ;). Le processus de la CNV m’aide, à travers ses 4 étapes, à sortir de l’émotivité et de la réactivité, comprendre ce qui me touche réellement dans le moment présent et prendre les moyens pour trouver des solutions de manière proactive.

Puis, une fois calmée, je peux poursuivre la conversation avec l’autre (si l’autre est également en mode intégration, bien sûr!) en pleine possession de mes moyens, dans l’écoute, l’empathie pour trouver des solutions qui marchent pour moi et pour l’autre.

* Des recherches démontrent que le fait de nommer les émotions dans le moment présent, permet de réduire leur impact et nous aide à revenir en mode intégration.

© Mitsiko Miller, 2013. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.