Parentalité positive et éducation bienveillante

6 principes de base de la parentalité positive

Capture d’écran 2015-07-29 à 09.36.01Par Mitsiko Miller

Pourquoi la parentalité positive? Pour milles raisons. Chacun détient ses propres arguments. Tous s’entendent pour dire qu’il y a urgence à la mettre en pratique.

Pourquoi? Dans mon cas, je peux affirmer qu’il est essentiel de changer notre manière d’élever nos enfants car notre société a profondément changé. Nous avons besoins d’outils pour s’adapter et naviguer à travers ses vagues, sans nous noyer. Nous avons vraiment besoin de guider nos enfants pour apprendre à vivre (pas survivre!) en collectif, tout en étant des acteurs libres et conscients de leur vie.

Éclatement et société de surconsommation
En 300 ans, nous avons convergé vers un modèle démocratique au travail, dans les familles et dans les collectifs. Pourtant, notre manière de communiquer avec soi et avec les autres, de même que notre manière de percevoir le « pouvoir » que nous possédons pour créer du changement, n’ont que peu évolué.

En plus, notre société postmoderne de consommation a amené un style de vie qui nous aliène de nous-même, de notre communauté et des autres. Nous sommes invité à courir plus vite dans le tambourin du hamster, sans nous rendre compte que nous courons, happé par le stress et nos préoccupations. Nous vivotons, sautant d’une activité à l’autre, d’une réunion à l’autre et rentrons épuisé du travail, ne rêvant que de « décrocher » ou d’avoir du silence. Parfois, nous sommes si fatigué et si stressé que nous n’avons même pas le temps de réfléchir ou de prendre conscience de ce que nous faisons. En réalité, nous vivons la plupart de nos moments éveillés en mode réactif. La plupart de nous opérons.

L’humain est un être social
J’ai pourtant la croyance que l’humain est un être social. Cela implique qu’il a besoin de tisser des liens profonds, de contact, d’affection, de tendresse et d’échanges significatifs. Il a besoin d’amour, d’appartenir, de se raconter, d’écoute, d’empathie et d’être vu pour qui il est: un être précieux et important.

Au-delà des échanges fonctionnels et « opératoires » tels que « Allez, dépêche-toi! », ou « Je n’ai pas le temps! », ou « Mets la table! », « Tu es en retard! », nous avons besoin d’entendre: « Tu es important, à mes yeux. Je t’aime, toi. Construisons quelque chose ensemble, toi et moi. » Nous avons besoin de substance et d’amour pour donner sens à nos vies. Nous, adultes, en avons fondamentalement besoin. De même que nos enfants.

La plupart des enfants ainsi que nos partenaires, de par leurs crises et leurs comportements désagréables (et parfois tragiques), nous disent très clairement qu’ils aspirent à plus de connexion, de chaleur, de tendresse et d’échanges. Mais nous restons souvent en surface, en réagissant: nous jugeons leurs comportements « inacceptables » et décidons que le meilleur moyen de nous protéger est d’avoir le moins de contact possible avec eux parce qu’être en leur présence nous est « insupportable. » Et pourtant, plus nous évitons de voir la véritable source des « défis », plus les comportements s’aggravent. Et plus nous créons un immense fossé entre nous et nos proches.

Développons des manières de vivre qui permettent de nous parler vraiment, de cultiver le lien, d’apporter de la sécurité émotionnelle, de nourrir notre espoir, d’humaniser nos rapports, de nous donner du courage d’être qui nous sommes et surtout, d’apprendre à vivre, plutôt que d’opérer.

De nouveaux outils pour s’adapter au nouveau mode de vie
Revenons au symbole de la mer houleuse du début. Notre survie morale, mentale et physique à titre d’individu et de collectif, dépend de notre capacité à reprendre notre souffle, savoir nager ainsi que de notre capacité à repérer le phare près de la berge (garder le cap), pour nous y rendre. Pour cela, nous avons besoin d’outils pour nous recentrer, comprendre nos valeurs essentielles propres à chacun de nous, apprendre à écouter profondément soi et les autres, et développer notre capacité à trouver des solutions durables aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui.

C’est pareil pour nos enfants. À titre de parents, nous avons une grande responsabilité: celle de prendre soin de nous pour être solide et être un phare pour nos enfants. Nous avons la responsabilité d’être une source de sécurité et d’attachement (appartenance) ainsi qu’un guide qui montre le chemin, sans l’imposer.

Nos enfants ont besoin de mentors pour prendre conscience de l’importance de reprendre leur souffle, voir ce qui les aident, ce qui ne les aident pas, de savoir nager, de prendre le temps de voir où ils se trouvent, dans cette mer houleuse, pour s’en sortir. Ils ont besoin de développer un compas intérieur. Et c’est à nous de leur montrer comment et pourquoi le construire.

J’ai la ferme conviction, de par mon vécu familial et celui de mon entourage qui ont de enfants plus âgés, que nos enfants s’épanouissent avec des outils adaptés à cette nouvelle réalité. C’est, selon moi, à travers la parentalité positive.

En trois mots, la parentalité positive, c’est grandir en humilité, en présence et en intégrité. Pas à pas.

6 principes de base pour nous aider à être des guides et des phares:

  • Je reconnais que tous les êtres humains (les bébés sont des êtres humains! Oui!) sont dignes de respect, d’écoute et d’amour. Je cherche à comprendre leur réalité et à créer des relations riches et profondes, dans le respect et le soin de tous.
  • Je reconnais la valeur innée des enfants, leur unicité et leurs compétences, ainsi que les miennes (en tant que parent).
  • Je cultive une relation authentique et bienveillante avec moi-même, mon partenaire et mes enfants. Je communique mon ressenti de manière responsable, dans les hauts et les bas. Cela implique d’intégrer des processus d’introspection au quotidien, et des outils pour communiquer avec bienveillance. (Lire des livres nous donnent la théorie, mais ne nous aident pas à la mettre en pratique!)
  • Je reconnais que le comportement, aussi tragique soit-il, est un langage qui exprime un besoin sous-jacent. En cherchant à le comprendre, je peux me soutenir et soutenir mes enfants à trouver des moyens durables et bienveillants de vivre ensemble dans un mieux-être collectif
  • Je reconnais que je chemine en même temps que mes enfants, et que je suis également un apprenant: faire des essais et erreurs fait partie du processus d’apprentissage et d’individuation (qui dure toute une vie). Je m’engage à prendre les moyens de m’épanouir en cultivant une hygiène de vie globale encourageant la conscience de soi, la pro-activité et la coresponsabilité, dans le respect de mon rythme. Pareil pour mon enfant.
  • Je reconnais que moi, le parent, n’ai pas le même rôle que mes enfants, dans une famille. Bien que je les respecte et que je les honore, j’ai la responsabilité (affranchie d’un sens du devoir lourd et imposé par des « IL FAUT QUE ») de veiller à leur sécurité (émotionnelle et physique), et à leur épanouissement global (corps, cœur et âme). Au départ, c’est à moi de poser des fondations propices à leur construction: je crée l’environnement favorable et je les guide, petit à petit, à vivre en société, à devenir autonomes et responsables, dans le respect et la considération de tous. Je les aide à cheminer vers l’empuissancement à travers l’exemple et en leur donnant des outils. Cela se fait en offrant un amour inconditionnel, en cultivant le sentiment d’appartenance, de compétence, de respect et de considération. J’offre un modèle inspirant, de l’information pertinente et de l’encouragement constant pour les soutenir à agir avec cœur et conscience.

À travers ce processus, nous prenons conscience de nos gestes et habitudes machinaux, pour nous affranchir de nos propres croyances limitatives et de nos blessures que nous projetons de manière totalement inconsciente sur nos enfants, de nos incohérences, de notre manque de soin pour soi, de notre inclinaison au perfectionnisme et à la performance, de nos attentes irréalistes et de notre tendance au contrôle (menaces, chantages, humiliations, blâmes, punitions et récompenses) ou à la renonciation (évitement, fuite, pacification, confusion entre « bonheur » et « plaisir perpétuel », impuissance, refus de vivre de l’inconfort et donc de s’engager dans la relation).

Pas à pas, nous grandissons dans la clarté de ce que nous voulons vraiment, de nos valeurs essentielles et alors, nous pouvons choisir consciemment de créer l’environnement propice à la cohérence, la joie, le respect et au soin pour tous.

En trois mots, la parentalité positive, c’est grandir en humilité, en présence et en intégrité. Pas à pas.

© Mitsiko Miller, 2015. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen.  Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Parentalité positive et éducation bienveillante

Élever les enfants dans la bienveillance

racinespar Mitsiko Miller

Pourquoi élever nos enfants dans la bienveillance?
Voilà une question que je me suis posée toute ma vie de jeune adulte.

En premier lieu, ma réponse la plus spontanée était… parce que je rêve du jour où la plupart des adultes n’auront pas à se remettre de leur enfance.

Imaginez pour un instant, ce que ça serait.
Un monde où nous n’avons besoin de s’imposer ou d’écraser les autres pour se faire valoir. Un monde où nous n’avons pas eu à développer de mécanismes de défense pour nous protéger, et où nous nous sentons suffisamment à l’aise pour nous dévoiler tels que nous sommes.

Un monde où nous nous sentons suffisamment écoutés avec empathie que nous n’avons pas à recourir aux comportements passif-agressif ou à la violence pour se raconter et pour se faire entendre. Un monde où nous ne mettons jamais en doute notre intuition ou la sagesse de notre cœur.

Imaginez…

Peut-être que vous me traitez de rêveuse. N’est-ce pas comme cela que nous changeons le monde? N’est-ce pas ainsi Martin Luther King et Nelson Mandela ont mis fin à l’apartheid?

Le bonheur n’est pas l’absence de douleurs et de peines. Le bonheur, c’est l’art de naviguer à travers les difficultés avec de la résilience et une confiance inébranlable. – Mitsiko Miller

Si nous faisions différemment, nous gouterions plus au bonheur. Si nous étions élevés à croire que nous sommes dignes d’amour tels que nous sommes, nous n’aurions pas besoin de mettre des masques.

Si nous étions élevés à croire que nous sommes compétents, nous verrions nos erreurs comme faisant partie de notre apprentissage de vie.

Si nous avions confiance que nous avons beaucoup de valeur, nous oserions prendre la parole ou être qui nous sentons que nous devons être.

Si telle était la manière que nous élevions les enfants, la société dans laquelle nous vivons serait bien différente.

Très différente.

Alors, pourquoi élever les enfants dans la bienveillance?
Parce que les leaders de demain auxquels j’aspire, ont besoin d’être profondément confiants, convaincus, enracinés dans leurs valeurs, cohérents, intègres, conscients, libres penseurs, créatifs et dotés d’intelligence émotionnelle qui les rend empathiques et capables de collaborer.

Et cela est possible, selon moi, que lorsque nous modelons ces qualités: l’amour inconditionnel, l’imperfection, le courage et la compassion pour soi et les autres. Et surtout, la confiance que nous et nos enfants sommes totalement compétents et pleins de ressources.

La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. – Albert Einstein

C’est difficile, car il y a tant de croyances bien ancrées dans notre société, autour de l’enfance et de l’éducation. Et elles sont très tenaces. En voici trois:

1) « Un enfant est trop tendre. Pour l’éduquer, il faut lui montrer que la vie est dure. Pour apprendre, il faut que ça fasse mal. »

La plupart de nous avons été élevés à croire qu’il faut s’endurcir pour vivre dans ce monde. Selon moi, cette croyance repose sur une peur. Celle que notre enfant ne pourra pas survivre sans être bien protégé et « vacciné » contre le mal.

Élever dans la bienveillance, c’est reconnaître que toute personne – bébé, enfant, adultes, parents- est digne de respect et d’amour. Nous apprenons naturellement, nous n’avons pas besoin d’être puni pour comprendre. Nous apprenons, lorsque nous avons de la clarté, que nous comprenons le sens des choses.

Car je crois que pour vivre (et surtout pour s’épanouir) dans ce monde, il est plus important d’en comprendre les rouages, de développer l’équanimité, de se poser des questions profondes pour développer notre capacité à réfléchir pour soi, et être dans notre puissance personnelle pour accueillir les vagues. En posant des questions, nous pouvons soutenir nos enfants à prendre conscience de leurs perceptions, de s’affranchir de l’anxiété, le désespoir et de s’ouvrir à de nouvelles possibilités créatrices.

Un grand rôle que nous parents avons est d’accompagner nos enfants à travers leurs émotions et les aider à s’affranchir pour développer la résilience, l’équanimité, accepter ce qu’ils ne peuvent changer et changer ce qui est en leur pouvoir de faire.

Voilà, selon moi, le but ultime de notre rôle de parent : guider avec amour et nourrir le feu sacré qui brûle en chacun de nous.

Ce qui m’amène à parler de la prochaine croyance. Elle est tenace et pollue, selon moi, les milieux éducatifs, en plus préoccuper bien des parents.

2) « Un enfant est un vase vide qu’il faut remplir. » 

Dès un très jeune âge, cette croyance amène bien des enfants à se décourager et à croire qu’ils n’ont pas les compétences nécessaires pour s’épanouir. Cette croyance se base encore sur une autre peur: il faut lui dire quoi faire et comment agir, sinon il sera totalement démuni.

Élever dans la bienveillance, c’est reconnaître que chaque personne a les compétences nécessaires pour évoluer. Il suffit de permettre aux enfants d’avoir confiance en eux et de les guider* avec amour et respect pour qu’ils puissent s’épanouir et prennent leur envol.

Guider ne veut pas dire laisser un enfant faire tout ce qu’il veut. Guider, c’est être un phare qui éclaire, qui est solide, voit au-delà des vagues houleuses du moment, rassure, apporte lumière dans la noirceur, montre les chemins possibles, sans les imposer. – Mitsiko Miller

3) « Si on écoute un enfant, il deviendra un enfant roi. »

Comme disent les Rolling Stones : « Tu ne peux pas toujours obtenir ce que tu veux. Mais si tu essaies parfois tu pourrais réaliser que tu reçois ce dont tu as besoin »

Il y a une différence entre « écouter les besoins » de nos enfants et  répondre à tous leurs « désirs ». Élever dans la bienveillance, c’est apprendre à faire la distinction, et à considérer les besoins de tous, avec soin et équilibre.

C’est toute une tâche qui demande de l’effort et la volonté de s’affranchir de ses peurs, changer de paradigme de conscience, loin de la pensée binaire et au-delà du « bien faire » et du « mal faire ». Et le courage de s’exprimer, sans violence envers soi ou envers les autres, dans les hauts et les bas.
La bienveillance, c’est vivre dans la conscience des besoins de TOUS. Vous ET vos enfants. Sans dualité, sans polarisation ou séparation, sans de « toi OU moi ».

Plutôt « toi ET moi »

NOUS.

Lorsqu’un enseigne, deux apprennent. – Robert Heinlein

Mon fils, Henri a résumé ma philosophie, en quelques phrases.
« Nous, les enfants, nous sommes pleins de sagesse que les adultes n’ont pas. Alors, ils ont besoin de nous. Mais nous n’avons pas vraiment une vue d’ensemble. Les adultes l’ont. Ben, pas tous. C’est pour ça qu’on a besoin d’eux. Nous avons besoin l’un de l’autre. »

La bienveillance, c’est reconnaitre notre interdépendance.

J’ai choisi d’élever mes enfants dans la bienveillance, car c’était ce qui avait le plus de sens pour moi. Parce que j’ai découvert que mes enfants sont mes sensei. Alors qu’ils grandissent corps, cœur et âme, moi également, je grandis.

Je grandis cœur et âme.

J’ai appris à ouvrir mon cœur et à écouter sa sagesse. J’ai réappris à vivre et à voir l’essentiel.

Nous, adultes avons tant à apprendre des enfants, et eux de nous. Leur sagesse naturelle, leur regard sur le monde nous aident, nous adultes, à guérir, à transformer nos croyances, à avoir le courage d’aimer et à vivre sans masque.

Et parce que mes enfants se sentent respectés, appréciés, aimés tels qu’ils sont, ils ont des racines et des ailes.

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen.  Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Parentalité positive et éducation bienveillante

Le mythe du sommeil solitaire: une vision occidentale du sommeil des bébés

parentalité positive (2)Par Mitsiko Miller

« Faire ses nuits » est devenu un incontournable must dans la parentalité occidentale, qui frôle l’obsession. Dans la société postmoderne dans laquelle nous vivons, le « travail à temps plein » est souvent la seule option proposée par les employeurs pour les parents, l’économie actuelle étant basée sur l’entrée de deux revenus pour couvrir les frais de base (maison, voiture, nourriture).

La réalité financière, sociale et économique impose un rythme soutenu aux parents qui se disent « essoufflés » : après une journée de travail occupée et stressante, la plupart des familles ne peuvent compter sur une grand-mère ou un autre membre de la famille (à part s’ils ont les moyens de se payer de l’aide) pour les appuyer : ils commencent donc un autre emploi à temps plein, après le travail rémunéré, celui de préparer les repas, de gérer la maison et de s’occuper des enfants.

Joindre les deux bouts : la réalité économique
La plupart de ces parents vivent une situation des plus stressantes et n’arrivent pas à maintenir le cap : il n’est pas surprenant qu’ils réclament un lieu calme et sans stimuli, et surtout, un sommeil réparateur! Ceci explique sans doute la popularité de l’entraînement au sommeil (avant le retour au travail, suite à un congé parental), de même que l’usage courant d’approches de discipline plus autocratiques (limites rigides et punitions), pour permettre aux parents de vivre un peu de répit dans leur quotidien turbulent.
La réalité économique et financière est partagée par bien des parents dans le reste du monde, même au tiers monde, qui se courbent également l’échine pour joindre les deux bouts. L’approche autocratique n’est également pas limitée à l’Occident : les violences ordinaires faites aux enfants, existent dans tous les pays, sous différentes formes. Pourtant, comment expliquer que ce n’est qu’en Occident que dormir seul, dès un très jeune âge, a pris une importance capitale, alors que dans la plupart du globe, il est totalement impensable de laisser un petit enfant seul, la nuit ?

L’Occident, et plus particulièrement les États-Unis est obsédé par l’autonomie précoce.

Sommeil solitaire : une croyance culturelle ?
Christine Gross-Loh, auteur américaine ayant vécu au Japon, avance une opinion : et si l’obsession du sommeil solitaire était culturelle ? Selon Gross-Loh, l’Occident, et plus particulièrement les États-Unis est obsédé par l’autonomie précoce. Elle raconte que le sommeil partagé était commun jusqu’au tournant du 19e siècle (note de Mitsiko : est-ce un hasard que ça coïncide avec l’industrialisation, l’exode et l’éclatement de la famille multi-générationnelle et… la venue de longues heures de travail ?) et tout a changé lorsque l’on s’est mis à associer « sommeil seul » avec progrès : la montée de l’influence scientifique a permis aux médecins de gagner en expertise et en crédibilité.

Alors qu’avant le 19e siècle, peu de personnes se préoccupaient de la cause des enfants, tout d’un coup, le monde scientifique publie des recherches et des livres proposant des méthodes pour améliorer l’hygiène des enfants (c’est compréhensible si nous nous rappelons le taux de mortalité infantile, qui existait dû à un manque d’éducation à l’hygiène, à l’époque).

Une nouvelle religion: la science ?
Bien qu’elle y fait référence, l’auteure de Parenting Beyond Borders ne mentionne pas l’immense influence du médecin behavioriste de John B. Watson sur l’éducation des enfants, aux États-Unis et ailleurs. Je souhaite prendre un moment pour le souligner, car il explique également la forte propension en Occident à favoriser l’entraînement au sommeil, puis à la propreté et enfin, à l’apprentissage, qui est si commune et encore prise pour acquis, aujourd’hui.

Watson affirmait que les enfants doivent être entraînés à devenir autonomes pour ne pas prendre de mauvais plis. Il voyait l’urgence de ne pas manifester d’amour et de chaleur aux enfants (selon moi, ce postulat est basé sur le principe que l’amour rend « faible » : ce serait donc un grand risque que de leur offrir réconfort et empathie !), pour éviter qu’ils deviennent mésadaptés et inaptes à fonctionner en société. De là est venue l’idée d’éviter de gâter les enfants, de peur qu’ils prennent de mauvaises habitudes – une croyance si ancrée aujourd’hui qu’il est encore populaire d’entendre des conseils basées sur cette peur.

En visite aux États-Unis, une famille japonaise était choquée de voir que les enfants avaient leur propre chambre et dormaient en solitaire. Ils croyaient également que le moniteur bébé, si commun dans les maisonnées occidentales, servait à créer des bruits de fond pour que le bébé puisse entendre ses parents et ne ressentir la séparation.

Bien qu’il serait absurde pour les parents d’aujourd’hui, de refuser d’exprimer de l’amour à un enfant, demeure le fait que la science est une devenue une référence importante pour les Occidentaux. Parfois, les discours alarmistes engendrent un stress énorme sur les parents, qui ne souhaitent que donner le meilleur à leurs enfants (pensons à la panique générale générée durant la crise de l’H1N1, au Québec). Combien de parents vivent de l’angoisse pour les siestes, les heures de sommeil, une saine alimentation, de peur que leurs enfants ne soient en « santé physique » ?

Suis-je en train de dire que la science est inutile? Non. Cela dit, j’ai à cœur que toutes personnes fassent des choix éclairés et approfondissent leurs recherches avant de prendre pour acquis que la science a réponse à tout: derrière une théorie (surtout en sciences humaines), il y a un postulat basé sur une croyance qui… cherche à être prouvée selon une démarche scientifique.

Le cododo au Japon
Revenons au livre de Gross-Loh : cette journaliste, qui a vécu plusieurs années au Japon où le cododo est la norme, a constaté que les Japonais étaient horrifiés d’apprendre les coutumes occidentales reliés au sommeil. Ils prennent pour acquis que tous les parents dorment avec leur bébé à travers le globe, au même titre que les Occidentaux prennent pour acquis que tous les parents du monde « aident » leur bébé à dormir seul, la nuit. Elle fait remarquer que les Japonais ne stressent pas avec le temps des siestes, ni la nuit, et ont du mal à comprendre l’obsession qu’ont les occidentaux avec la santé et la sécurité extrêmes des enfants. L’auteur rapporte une histoire vécue: en visite aux États-Unis, une famille japonaise était choquée de voir que les enfants avaient leur propre chambre et dormaient en solitaire. Ils croyaient également que le moniteur bébé, si commun dans les maisonnées occidentales, servait à créer des bruits de fond pour que le bébé puisse entendre ses parents et ne ressentir la séparation. :)

La santé et la sécurité physiques, une obsession ?
Elle spécule que cet écart s’explique par les divergences de croyances culturelles : l’Occident adopte un mode de vie individualiste qui se traduit par une éducation qui mise sur l’autonomie et l’indépendance, et la valorisation par l’épanouissement individuel du soi, alors que le reste du globe encouragent davantage des valeurs enracinées dans l’interdépendance.

Les propos de Gross-Loh me touchent particulièrement parce qu’ils mettent en perspective ce que nous prenons pour acquis : nos croyances culturelles. J’ai eu le bonheur d’être élevée dans une famille multiculturelle, par une mère d’origine japonaise. J’ai eu la joie d’être portée dans un onbuhimo (porte-bébé), de dormir à côté de mes parents et d’être valorisée pour ma sensibilité, qui était perçue comme une force et un don.

Lorsque mes enfants tardaient à faire « leur nuit », les propos de ma mère étaient rassurants : « Mitsiko, ton frère a fait ses nuits très tard. Et toi, tu vivais beaucoup d’anxiété, toute petite. C’était dur pour toi de t’endormir. Tu avais une imagination très fertile et tu avais souvent peur. Nous avons respecté cela. Et vint un temps où tu as été capable. » Vint un temps où j’en fus capable. Vint un temps où mon développement physiologique me permettait de dormir toute une nuit.

Cette discussion riche m’a amené à me poser des questions: sommes-nous conscients des influences culturelles sur notre parentalité ? Il y a-t-il, effectivement, comme le note Gross-Loh, une obsession en Occident de la santé et la sécurité physiques des enfants ? Les recherches alarmistes sur le cododo et le sommeil sont-elles justifiées ? Qu’en est-il de la santé émotionnelle ? Est-elle incluse dans les recherches sur le sommeil ?
Comment retrouver un équilibre ? Comment encourager les parents à réfléchir par eux-mêmes?

Dans mon cas, j’ai décidé d’accepter que mes enfants dormiront toute une nuit lorsqu’ils en seront physiologiquement capables. Parce que ce qui était le plus important pour moi dans cette expérience, c’était de pouvoir dormir ! J’ai choisi de lâcher prise de ce que je ne pouvais changer: quand ça arriverait. Et j’ai focalisé mon attention sur ce qui était en mon pouvoir de faire : trouver un moyen de, moi, dormir ET de m’assurer que mes enfants soient en santé ainsi qu’en sécurité physique ET émotionnelle. En pensant de manière créative, notre famille a trouvé une solution respectueuse de tous et qui marchait pour NOUS : pour mon partenaire, moi ET pour nos enfants.

Et vous ?

papLe sommeil de vos enfants vous préoccupe?
Procurez-vous le hors-série sur le sommeil de Parents à parents, où figure mon article et 99 pages de bonheur.

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Références
• Drina Candilis-Huisman, Naître et après? Du bébé à l’enfant, Gallimard, 1997
• Christine Gross-Loh, Parenting Without Borders, Penguin Books, 2013
• Robin Grille, Parenting for a Peaceful World, Longueville Media, 2005
• Carl Honoré, Éloge de la lenteur, Marabout, 2005
• Gilles Lipovetsky, L’ère du vide, Gallimard, 1983
• Didier Lette et Marie-France Morel, Une histoire de l’allaitement, La Martinière
• John B. Watson: article sur Wikipedia.org

Baume pour le coeur, Parentalité positive et éducation bienveillante

Enlever son masque, au retour

par Mitsiko Miller, cpc

retourAu retour,
enlever notre masque.
Nous laver de ce qui pollue notre esprit, avant d’y pénétrer.

C’est comme ça que mes enfants se sentent lorsqu’ils rentrent à la maison.
Et moi aussi.
Notre havre de paix.
Le lieu où nous sommes acceptés et aimés tels que nous sommes.
Le lieu où nous pouvons nous reposer, corps coeur et âme.
Retrouver nos repères.

J’espère que ma maison demeurera ce lieu de paix, lorsque je serai une vieille dame.

La maison.
Un lieu où enlever son masque.
Enlever son armure de « grand ».
Un lieu où redevenir vulnérable et être soi
Peu importe son âge.

(et apprendre à trouver ce havre de paix à l’intérieur de soi, un jour à la fois)

Le retour par Natalia Chernysheva

© Mitsiko Miller, 2015. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants pour les aider à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Communication bienveillante, Parentalité positive et éducation bienveillante

Vivre avec la sensibilité

Maman, il y a des moments où je ne suis plus capable de gérer mes émotions. Il y a trop plein de choses à l’intérieur de moi. Ça explose comme un volcan et il faut que ça sorte! – Henri

Dalai Lamapar Mitsiko Miller, cpc

J’avoue, je suis hypersensible. J’ai longtemps refusé qu’on me qualifie ainsi parce que je n’aime pas porter des étiquettes: j’aime être vue pour mon caractère unique et surtout, que l’on reconnaisse que je ne suis pas un être X avec des caractéristiques x,y,z , mais un être qui évolue à chaque moment. Et chaque moment est différent.

En même temps….
Ceci semble être une constante dans ma vie et puis, comment puis-je décrire mon quotidien et communiquer mon ressenti intense à quelqu’un qui ne comprend pas ce que je vis intérieurement?

J’ai décidé d’adopter cette étiquette, il y a plus d’une décennie, lorsque j’ai lu le livre d’Elaine E. Aron, Ces gens qui ont peur d’avoir peur, décrivant presque mot pour mot, mon vécu (oui, je parle ENCORE d’elle!)

Une chose que j’ai apprise avec l’expérience, c’est que les enfants et les personnes sensibles ont des antennes bien aiguisées, captent davantage leur environnement et absorbent tout, comme des éponges ultra efficaces.

Rien ne semblent leur échapper: les stimuli, les détails hyper spécifiques que personne ne remarque, le trou dans le chandail de la personne à côté d’eux, la tristesse du petit garçon dans le métro, le cycle de vengeance entre deux élèves, l’odeur des noix rôties qui leur rappelle un souvenir vif, le bruit des néons, la grive des bois qui chante à un kilomètre de là, les émotions des autres, les couleurs, les sons, les odeurs, les intentions, les images, les concepts… Ouf.

Et parce qu’ils ressentent beaucoup de choses, vivre au quotidien peut être un défi extrême. Comment gérer le flot incessant d’informations? Comment garder son équilibre? Comment rester zen? J’ai remarqué que lorsque sensible, il est davantage important d’évacuer, de trier, de faire le point pour se libérer mentalement et pour créer de l’espace intérieur, en vue de gérer le quotidien avec la paix intérieure.

Parce que ce blogue se consacre à la vie familiale, je vous fais part de trucs que j’ai développés pour vivre avec des enfants sensibles.

Le défi d’être un garçon hypersensible
Avant de commencer, je veux parler des garçons hypersensibles. Dans son livre The Mama’s Boy Myth, Kate Stone Lombardi fait remarquer que la recherche scientifique considère que les bébés garçons sont plus sensibles et vivent plus d’anxiété de séparation (et plus longtemps) que les filles. Elle urge donc les parents de garçons à cultiver leur vie émotionnelle et à honorer leur besoin de proximité (peu importe ce que la psychanalyse préconise et tous les « experts »), pour qu’ils puissent s’épanouir dans notre monde hyper stimulant et hyper rapide.

Tout comme moi, Lombardi en vient à un triste constat: avoir garçon sensible et à l’écoute de ses émotions le confronte à des situations déstabilisantes: il se fait souvent étiqueter de «fils à maman» ou d’enfant trop sensible, qu’il faut endurcir à tout prix.

Dans un monde où on encourage l’expression d’un type de leadership quasi monolitique (être dans l’action, guerrier, sociable, winner, flamboyant, souriant par défaut et malgré tout, stoïque et extraverti), être « sensible », « réservé » et/ou « introverti » peut être perçu un défaut de fabrication: montrer des émotions autres que la « joie » (et attention, une joie « retenue » et exprimée selon les règles acceptables dictées par la société), est souvent interprété comme de la faiblesse de caractère…

Même en 2014, nous sommes confrontés à des croyances populaires profondément ancrées chez les adultes, les professionnels de l’enfance, les éducateurs, les parents et même les enfants, qui pensent que la solution est de forcer une autonomie précoce au nom de la « socialisation »- favorisant ainsi le déni de la vie émotionnelle des enfants et de leurs besoins (proximité, confiance et sécurité émotionnelle) pour qu’ils deviennent des « hommes forts, », « des vrais de vrais » (ça veut dire quoi, au juste?).

On encourage la coupure des émotions, le manque d’écoute à ses besoins, et donc le manque d’empathie et le stoïcisme… Bref, des habitudes relationnelles qui entretiennent le manque de communication déjà fort présente dans ce monde où adultes et enfants ne possèdent pas les outils nécessaires pour s’entendre, se comprendre, dialoguer, se respecter et vivre en harmonie (et, la plupart se retrouvent dans mon bureau pour réapprendre à s’écouter).

Ne voit-on pas l’importance de cultiver la vie émotionnelle, en constatant le nombre croissant de fusillades initiées par des enfants? Que dire de la violence entre enfants? Ce sont des cris du cœur qui articulent un mal-être profond qui hurle: «J’ai mal! Aidez-moi! Je ne sais pas quoi faire!»

Aidons-les à s’épanouir… Aidons-les à articuler leur malaise et à s’ouvrir à d’autres stratégies plus constructives.

Je vous invite à regarder cette vidéo sur l’impact des croyances culturelles sur la vie émotionnelle des garçons, Le masque que nous portons:

La socialisation à tout prix… et à quel prix???? 
Au sujet de la « socialisation »…. Gordon Neufeld dans son livre Retrouver son rôle de parent démontre les conséquences néfastes d’une socialisation précoce et forcée sur les enfants, sans considérer leurs besoins essentiels de sécurité émotionnelle, d’attachement et d’appartenance.

Pourquoi regrouper des enfants qui, pour la plupart, ne savent pas encore communiquer avec soin et respect, et qui ont, surtout, un grand besoin d’attachement (sécure) qui ne sera pas comblé dans un grand groupe? Moi, je préfère cultiver la relation avec bienveillance et favoriser le dialogue collaboratif plutôt que d’être très entourée de personnes, au nom de la « socialisation », sans savoir comment rentrer véritablement en lien avec les autres, dans le respect et la coopération. Je vous laisse réfléchir à cette question…

Quel étonnement je vis en pensant qu’il y a quelques années, mon fils se faisait traiter de «mauviette» par les autres enfants de l’école et de « vraiment trooooop sensible » par les adultes de l’établissement parce qu’il osait exprimer librement ses émotions? Il a vite compris que dans ce milieu, se montrer vulnérable était synonyme de faiblesse. Parce qu’il cultive son intelligence émotionnelle, il a su trouver ses propres solutions réalistes pour changer ce qui était en son pouvoir de faire: il s’est adapté à la réalité qu’il vivait et a choisi de ne se révéler qu’aux personnes ouvertes à l’entendre. Et elles sont rares…

Accompagner notre enfant à travers ses émotions
Les enfants sensibles ont une vie intérieure extrêmement riche et fertile (comme tous les enfants, vous me direz…) et ont davantage besoin de comprendre leur ressenti pour apprendre à transformer leurs émotions et à cheminer vers l’autorégulation, à petits pas.

Mais bien des parents ont peur d’accueillir les émotions intenses de leurs enfants parce que c’est très confrontant et ça demande un immense travail de croissance personnelle et d’autorégulation pour les parents.

Pourquoi certains croient que vivre de la colère ou de la tristesse est mauvais? Parce que c’est une croyance bien ancrée dans notre société.
Très ancrée…

:S

Il nous est difficile d’accompagner l’enfant à travers leurs peines et frustrations sans incommuniquer (nier, prendre l’émotion de l’autre sur nous, sympathiser, ignorer, vouloir faire à leur place, vouloir épargner des malaises, minimiser, donner des conseils ou donner des solutions « toutes les tailles ») car nous ne savons pas quoi faire. La plupart de nous fuyons la colère ou la peine comme la peste, car nous pensons que c’est mauvais de faire endurer sa colère et sa peine aux autres… Alors, la plupart de nous refoulons… Nous nous coupons de notre ressenti et bloquons nos propres émotions, autres que la joie et l’enthousiasme (qui DOIT, en plus, s’exprimer d’une CERTAINE manière, sans intensité, et sans trop d’éclat pour ne pas indisposer). Bref, nous ne savons donc pas comment transformer notre propre colère et notre propre tristesse… Alors comment pouvons-nous accompagner nos enfants, hein?

Pourtant, le ressenti de nos enfants et le nôtre, dans toute sa richesse, est bien réel et a besoin d’être entendu.

Nous gagnons tous à développer notre intelligence émotionnelle…

Pourquoi? Pour se soulager, pour mieux se connaître, pour développer la résilience, le détachement et pour trouver des solutions réalistes à nos défis, un problème à la fois.

La Communication NonViolente est merveilleuse pour aider un enfant (et un adulte!!!) à mieux comprendre ce qu’il/elle ressent, s’affranchir de sa réactivité et trouver des solutions respectueuses de tous. J’utilise les cartes de sentiments et de besoins (je vais en produire prochainement!)  que j’ai fabriquées moi-même, pour faciliter l’intégration de ce processus, avec mes enfants.

Remplir le réservoir émotionnel
Les enfants ont besoin de sentir qu’ils appartiennent à leur clan et qu’ils sont aimés tels qu’ils sont – et non pour ce qu’ils font. Multiplier les moments de tendresse et de partages chaleureux remplit leur réservoir affectif et fortifie la relation d’attachement, l’estime de soi et la capacité à la résilience – aussi bien pour le parent que pour l’enfant. C’est ainsi que la complicité et la coopération sont entretenues, selon moi.

Du temps de relaxation pour récupérer
Un enfant sensible a besoin de repos mental pour récupérer. Un moment calme en revenant de l’école et/ou d’une activité stimulante, aide à se vider et à retrouver l’équilibre. Exemple d’activités: méditation, acupression, brain gym, yoga, se faire un fort avec les coussins du canapé, se couper des stimuli dans une tente, se mettre des coquilles anti-bruit en lisant, jouer dehors, aller dans la nature, colorier des mandalas ou en faire dans la nature, dessiner, jouer avec de la pâte à modeler et avoir des moments sans écran.

Vider le trop-plein: faire des retours sur la journée
Poser des questions qui permettent de faire le point sur la journée de votre enfant, puis l’inviter à écrire (ou dessiner) un journal, dès 7 ou 8 ans
-Qu’est-ce qui a mis du soleil dans ta journée?
-Qu’est-ce qui a été dur et que peux-tu faire autrement pour éviter que cela ne se reproduise?
-Qu’est-ce que tu as appris à travers ses expériences?

Faire des rituels rassurants
La science affirme que les sensibles usent davantage de leur cerveau droit: on dit que c’est un mode de fonctionnement plus intuitif et créatif. Je me sers donc de cette imagination débordante pour mettre en place, selon les intérêts et l’univers uniques de l’enfant, un rituel rassurant qui l’aide à faire face aux craintes et aux angoisses.

Qu’est-ce que ses héros(ïnes) et personnages qu’il/elle admire feraient dans cette situation? Voici des idées: activer son pouvoir de super héros, utiliser une baguette magique, faire une potion de druide pour donner du courage, mettre des « pierres magiques » dans sa poche, faire une formule de sorcier pour contrer l’angoisse, créer une bulle de protection pour se sentir en sécurité – tout ce qui provient de son imaginaire, qui lui parle sincèrement et qui le/la rassure.

Fait vécu: à trois ans, mon fils a enfilé sa cape et son masque de Batman tous les jours: s’habiller en super héros l’aidait à faire face aux défis du quotidien. Oui, j’allais au parc, à l’épicerie et dans le métro avec mini Batman, tous les jours! :)

Faire des rituels de séparation: tisser le fil d’amour
Les enfants sensibles ont encore plus besoin de sentir notre présence et de notre soutien, peu importe où ils/elles se trouvent. En créant un pont avec notre enfant durant les séparations (travail, nuit, école, garderie), nous consolidons le lien (ce que j’appelle le « fil d’amour ») qui nous unit et leur rappelons que nous sommes leur port « d’attachement »:
-« Je te souhaite une bonne journée. Je viens te chercher à 3 heures. Mon cœur est toujours avec toi. J’ai hâte de construire la maison de Lego avec toi, après la collation. »
-Dessiner un cœur sur sa main: « Tu es toujours dans mon cœur, peu importe où tu es.»
-Lui donner un bracelet ou un foulard imprégné de notre odeur qu’il/elle porte (les enfants vivent davantage à travers leurs sens), s’il/elle est encore petit(e) lorsque vous vous séparez.

Rappeler les responsabilités de chacun

Je t’aime même quand tu ressens de la colère. Je t’aime même lorsque je ressens de la colère ou de la tristesse. Tu es toujours aimé. Je n’aime pas toujours tes comportements, mais toi, je t’aime toujours. Tu es toujours digne d’amour.

Je remarque que les sensibles ont plus tendance à se croire responsables des sentiments des autres et à s’inquiéter pour tous les êtres de l’univers à qui ils souhaitent le bien-être.

Une manière d’aider ces enfants à mieux vivre, est de leur rappeler qu’il y a des problèmes qu’ils n’ont pas à résoudre et dont ils ne sont pas responsables. Ils n’ont pas à nous sauver, ou à sauver toute la planète. Ils n’ont pas à régler tous les problèmes de l’univers.

Ce qu’ils peuvent faire, c’est soutenir le changement, à la hauteur de leurs capacités. Ils peuvent nous soutenir aussi, lorsque nous avons des défis, en nous faisant confiance que nous sommes suffisamment « grands » et capables pour trouver nos propres solutions.

Et que, oui, ce nuage va passer. Oui, nous y arriverons.

Ainsi, ils peuvent se reposer en notre présence, être des enfants, s’épanouir et être les merveilleux êtres uniques qu’ils sont.

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

 Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.