Parentalité positive et éducation bienveillante

Élever les enfants dans la bienveillance

racinespar Mitsiko Miller

Pourquoi élever nos enfants dans la bienveillance?
Voilà une question que je me suis posée toute ma vie de jeune adulte.

En premier lieu, ma réponse la plus spontanée était… parce que je rêve du jour où la plupart des adultes n’auront pas à se remettre de leur enfance.

Imaginez pour un instant, ce que ça serait.
Un monde où nous n’avons besoin de s’imposer ou d’écraser les autres pour se faire valoir. Un monde où nous n’avons pas eu à développer de mécanismes de défense pour nous protéger, et où nous nous sentons suffisamment à l’aise pour nous dévoiler tels que nous sommes.

Un monde où nous nous sentons suffisamment écoutés avec empathie que nous n’avons pas à recourir aux comportements passif-agressif ou à la violence pour se raconter et pour se faire entendre. Un monde où nous ne mettons jamais en doute notre intuition ou la sagesse de notre cœur.

Imaginez…

Peut-être que vous me traitez de rêveuse. N’est-ce pas comme cela que nous changeons le monde? N’est-ce pas ainsi Martin Luther King et Nelson Mandela ont mis fin à l’apartheid?

Le bonheur n’est pas l’absence de douleurs et de peines. Le bonheur, c’est l’art de naviguer à travers les difficultés avec de la résilience et une confiance inébranlable. – Mitsiko Miller

Si nous faisions différemment, nous gouterions plus au bonheur. Si nous étions élevés à croire que nous sommes dignes d’amour tels que nous sommes, nous n’aurions pas besoin de mettre des masques.

Si nous étions élevés à croire que nous sommes compétents, nous verrions nos erreurs comme faisant partie de notre apprentissage de vie.

Si nous avions confiance que nous avons beaucoup de valeur, nous oserions prendre la parole ou être qui nous sentons que nous devons être.

Si telle était la manière que nous élevions les enfants, la société dans laquelle nous vivons serait bien différente.

Très différente.

Alors, pourquoi élever les enfants dans la bienveillance?
Parce que les leaders de demain auxquels j’aspire, ont besoin d’être profondément confiants, convaincus, enracinés dans leurs valeurs, cohérents, intègres, conscients, libres penseurs, créatifs et dotés d’intelligence émotionnelle qui les rend empathiques et capables de collaborer.

Et cela est possible, selon moi, que lorsque nous modelons ces qualités: l’amour inconditionnel, l’imperfection, le courage et la compassion pour soi et les autres. Et surtout, la confiance que nous et nos enfants sommes totalement compétents et pleins de ressources.

La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. – Albert Einstein

C’est difficile, car il y a tant de croyances bien ancrées dans notre société, autour de l’enfance et de l’éducation. Et elles sont très tenaces. En voici trois:

1) « Un enfant est trop tendre. Pour l’éduquer, il faut lui montrer que la vie est dure. Pour apprendre, il faut que ça fasse mal. »

La plupart de nous avons été élevés à croire qu’il faut s’endurcir pour vivre dans ce monde. Selon moi, cette croyance repose sur une peur. Celle que notre enfant ne pourra pas survivre sans être bien protégé et « vacciné » contre le mal.

Élever dans la bienveillance, c’est reconnaître que toute personne – bébé, enfant, adultes, parents- est digne de respect et d’amour. Nous apprenons naturellement, nous n’avons pas besoin d’être puni pour comprendre. Nous apprenons, lorsque nous avons de la clarté, que nous comprenons le sens des choses.

Car je crois que pour vivre (et surtout pour s’épanouir) dans ce monde, il est plus important d’en comprendre les rouages, de développer l’équanimité, de se poser des questions profondes pour développer notre capacité à réfléchir pour soi, et être dans notre puissance personnelle pour accueillir les vagues. En posant des questions, nous pouvons soutenir nos enfants à prendre conscience de leurs perceptions, de s’affranchir de l’anxiété, le désespoir et de s’ouvrir à de nouvelles possibilités créatrices.

Un grand rôle que nous parents avons est d’accompagner nos enfants à travers leurs émotions et les aider à s’affranchir pour développer la résilience, l’équanimité, accepter ce qu’ils ne peuvent changer et changer ce qui est en leur pouvoir de faire.

Voilà, selon moi, le but ultime de notre rôle de parent : guider avec amour et nourrir le feu sacré qui brûle en chacun de nous.

Ce qui m’amène à parler de la prochaine croyance. Elle est tenace et pollue, selon moi, les milieux éducatifs, en plus préoccuper bien des parents.

2) « Un enfant est un vase vide qu’il faut remplir. » 

Dès un très jeune âge, cette croyance amène bien des enfants à se décourager et à croire qu’ils n’ont pas les compétences nécessaires pour s’épanouir. Cette croyance se base encore sur une autre peur: il faut lui dire quoi faire et comment agir, sinon il sera totalement démuni.

Élever dans la bienveillance, c’est reconnaître que chaque personne a les compétences nécessaires pour évoluer. Il suffit de permettre aux enfants d’avoir confiance en eux et de les guider* avec amour et respect pour qu’ils puissent s’épanouir et prennent leur envol.

Guider ne veut pas dire laisser un enfant faire tout ce qu’il veut. Guider, c’est être un phare qui éclaire, qui est solide, voit au-delà des vagues houleuses du moment, rassure, apporte lumière dans la noirceur, montre les chemins possibles, sans les imposer. – Mitsiko Miller

3) « Si on écoute un enfant, il deviendra un enfant roi. »

Comme disent les Rolling Stones : « Tu ne peux pas toujours obtenir ce que tu veux. Mais si tu essaies parfois tu pourrais réaliser que tu reçois ce dont tu as besoin »

Il y a une différence entre « écouter les besoins » de nos enfants et  répondre à tous leurs « désirs ». Élever dans la bienveillance, c’est apprendre à faire la distinction, et à considérer les besoins de tous, avec soin et équilibre.

C’est toute une tâche qui demande de l’effort et la volonté de s’affranchir de ses peurs, changer de paradigme de conscience, loin de la pensée binaire et au-delà du « bien faire » et du « mal faire ». Et le courage de s’exprimer, sans violence envers soi ou envers les autres, dans les hauts et les bas.
La bienveillance, c’est vivre dans la conscience des besoins de TOUS. Vous ET vos enfants. Sans dualité, sans polarisation ou séparation, sans de « toi OU moi ».

Plutôt « toi ET moi »

NOUS.

Lorsqu’un enseigne, deux apprennent. – Robert Heinlein

Mon fils, Henri a résumé ma philosophie, en quelques phrases.
« Nous, les enfants, nous sommes pleins de sagesse que les adultes n’ont pas. Alors, ils ont besoin de nous. Mais nous n’avons pas vraiment une vue d’ensemble. Les adultes l’ont. Ben, pas tous. C’est pour ça qu’on a besoin d’eux. Nous avons besoin l’un de l’autre. »

La bienveillance, c’est reconnaitre notre interdépendance.

J’ai choisi d’élever mes enfants dans la bienveillance, car c’était ce qui avait le plus de sens pour moi. Parce que j’ai découvert que mes enfants sont mes sensei. Alors qu’ils grandissent corps, cœur et âme, moi également, je grandis.

Je grandis cœur et âme.

J’ai appris à ouvrir mon cœur et à écouter sa sagesse. J’ai réappris à vivre et à voir l’essentiel.

Nous, adultes avons tant à apprendre des enfants, et eux de nous. Leur sagesse naturelle, leur regard sur le monde nous aident, nous adultes, à guérir, à transformer nos croyances, à avoir le courage d’aimer et à vivre sans masque.

Et parce que mes enfants se sentent respectés, appréciés, aimés tels qu’ils sont, ils ont des racines et des ailes.

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen.  Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

Baume pour le coeur

L’imperfection : risquer sa signifiance

par Mitsiko Miller, cpc

PearceDurant la crise du verglas en 1998, j’habitais le Mile-End, tout près du parc Jeanne-Mance où de majestueux arbres centenaires jalonnent encore le chemin longeant le parc. Un épais brouillard nappait la ville d’un voile inquiétant. Et pour ajouter au drame, la ville était plongée dans un noir absolu.
J’entendais au loin un concert cacophonique de sirènes entonner son douloureux chant dans toute la ville. Plus aucune voiture ne sillonnait les routes, plus une personne ne fourmillait les rues. La ville semblait déserte. Le spectacle apocalyptique qui se dessinait sous mes yeux éveillait chez moi à la fois de la curiosité et une certaine crainte. Je constatais avec effarement que sans électricité, nous étions totalement paralysés et cela me fascinait.
Le soir approchait et je marchais sous les arbres en vue de retrouver ma tendre moitié. Sous le poids de la glace, les branches tombaient dans un fracas retentissant sur les voitures. Et, au fur et à mesure que j’avançais sous le crissement des branches, je voyais que ma curiosité cédait la place à une peur viscérale de mourir.
Je ne voulais pas mourir sans avoir vécu! Lorsqu’une branche tomba près de moi, je fermai les yeux dans l’abandon total. Je sentis tout mon corps vibrer de vie. Le poème de Dawna Markova (traduit par Anne Bourrit) décrit si éloquemment mon ressenti dans ce moment:

Je ne mourrai pas après une vie non vécue de Dawna Markova

Je ne mourrai pas après une vie non vécue.
Je ne vivrai pas dans la peur
De tomber ou de prendre feu.
Je fais le choix d’habiter mes journées,
De permettre à ce que je vis de m’ouvrir,
De me rendre moins peureuse,
Plus accessible,
D’assouplir mon cœur
Jusqu’à ce qu’il devienne une aile,
Une torche, une promesse.
Je choisis de prendre le risque de ma signifiance,
De vivre de telle manière que
Ce qui m’arrivera sous forme de graine
Parvienne au suivant sous forme de fleur
Et que ce qui m’est venu sous forme de fleur
Poursuive sa route en tant que fruit.

En un seul instant, je vis tout mon passé et tous mes rêves se bousculer et défiler comme un film. En un seul instant, je me rendis compte qu’il y avait tant de choses que je voulais dire et faire avant de mourir. Aimer et vivre pleinement. Restaurer la relation avec ma mère. Me pardonner, pardonner. Écrire un livre. Élever des enfants. Me marier. Visiter le monde. Contribuer de manière significative à la société. Semer des graines de paix.
Sans mon électricité – le sens que je veux insuffler à ma vie – j’étais paralysée.
Risquer ma signifiance.
Donner du sens à mes actions.
Donner le meilleur de moi-même.
Transmettre en fruits.

Tout d’un coup, avoir une parfaite petite carrière et une parfaite petite vie était illusoire et insignifiant. Tout d’un coup, la perfection était inutile, une illusion m’éloignant de ce qui m’était le plus essentiel. La perfection me catapultait dans mes croyances, la crainte, la comparaison, le passé et l’avenir et les idées reçues – sans jamais vivre dans le moment présent.
La perfection m’intimidait et invitait mes critiques intérieurs à débattre des idées et se disputer sans que le consensus ne soit atteint. Sans que je ne sente l’envie de mettre mes projets en action. Il était devenu, dans ce moment-là, plus important de risquer ma signifiance qu‘entretenir des pensées paralysantes.

Je choisissais d’habiter mes jours. Je choisissais de ne plus perdre de temps avec des détails inutiles. Je choisissais de prendre des risques… au risque d’avoir l’air imparfaite.
Je choisissais de vivre une vie vécue.

S’apprivoiser: cesser de se juger
Bien sûr, j’ai fait… et je fais bien des erreurs, que je regrette souvent: l’humilité, la curiosité et la compassion pour soi sont devenues mes compagnons de route.
Ce sont mes jeunes sensei — mes enfants — qui m’ont appris à renouer avec ces alliés en m’invitant à voir la défaite autrement.
Mes enfants m’ont invitée à lâcher prise. À vivre dans le moment présent. À prioriser la Vie. À vivre dans l’équilibre. À accepter. À incarner à petits pas, la compassion pour moi-même et pour les autres. Et à apprendre de mes erreurs sans me juger.
C’est en observant mes fils croquer la vie à pleines dents que j’ai compris que nous apprenions tous selon un processus d’essais et erreurs. Tous.
L’erreur fait partie intégrante du processus d’apprentissage. Et… contrairement à ce que nous avons parfois l’illusion de croire, nous ne cessons pas d’apprendre à l’âge adulte.

Être créatif: voir l’erreur autrement
Avez-vous déjà observé un jeune enfant jouer?
Ou plutôt, avez-vous vu MES enfants jouer? Ils ne cesseront de construire, détruire et reconstruire une forme en Lego jusqu’à ce qu’ils parviennent à matérialiser exactement ce qu’ils imaginaient dans leur esprit. Sans un brin de découragement, sans jugement de soi, dans un silence impénétrable empreint de patience, de curiosité et de détermination.
Soudain, les citations d’Albert Einstein prirent tout leur sens! Oui, la curiosité! La persévérance!
« Je n’ai pas de talent spécial. Je suis seulement passionnément curieux»
Je comprends maintenant que lorsque je suis passionnée par un projet, animée par la curiosité, lorsque j’y crois, et que je me mets en lien avec ma créativité, j’ose risquer mon importance.
« Ce n’est pas que je suis si intelligent, c’est que je reste plus longtemps avec les problèmes »
Je comprends maintenant que si je m’attarde à un problème en sachant que je le résoudrais à travers un processus d’essais et erreurs, alors je persiste sans me décourager et sans me juger, jusqu’à ce que je trouve une solution.

Le perfectionnisme: une illusion
Cela m’amène à me poser des questions importantes : est-ce que l’idée de rechercher la « perfection » est un concept appris par notre « éducation »? Comment perdons-nous cette inclinaison naturelle à être curieux, créatif et persévérant? Est-ce qu’être perfectionniste est une question de personnalité? Est-ce un amalgame de tout cela? J’imagine. Chose certaine, je rencontre au quotidien des personnes qui, avec mon soutien, tentent de guérir de profondes blessures de leur enfance. Et la plus paralysante habitude que j’ai constatée est la crainte de s’exprimer librement et authentiquement de peur de déplaire, d’être jugé, de subir des sanctions ou d’être mis à l’écart pour avoir fait une « erreur ».
Ce constat évoque l’essence d’une de mes citations préférées de Joseph Chilton Pearce: « Pour vivre une vie créative, nous devons cesser d’avoir peur de se tromper. »

Je rêve d’un monde où nous sommes en lien avec notre créativité, où nous voyons toutes les erreurs comme des occasions d’apprendre et d’ajuster son tir.
Je rêve d’un monde où nous sommes tendre avec soi et avons confiance que nous pouvons nous exprimer librement. Où en privilégiant la curiosité, la persévérance, nous risquons notre signifiance. Car, comme Dorothy Thompson l’expose: « c’est lorsque nous n’avons plus peur que nous commençons à vivre. »

© Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants pour vivre leur harmonie. Suivez son blogue.