Angoisses, trop plein et sommeil

Sleep_shutterstock_83997520Par Mitsiko Miller

Un enfant qui a du mal à s’endormir ou qui a le sommeil perturbé en est souvent un qui se couche avec la tête saturée d’inquiétudes et d’émotions qui l’habitent encore. Comment s’endormir paisiblement avec tant d’activités intérieures?

Dans notre société, nous avons l’habitude de laver notre corps extérieur, mais oublions de donner ce même soin pour notre corps intérieur – cœur et esprit. Nous avons tous besoin de savoir ce qui nous habite, d’évacuer, de vider, de nommer, de trier, de faire le point pour se libérer mentalement et pour créer de l’espace intérieur, nous permettant de gérer les aléas de la vie quotidienne avec sérénité.

C’est le premier pas vers le bien-être, la résilience et l’empuissancement (empowerment) qui nous aident à faire face aux situations difficiles et à créer l’environnement propice à notre bonheur.

Certains enfants en ont encore plus besoin car ils captent davantage leur environnement comme des éponges ultra absorbantes: les stimuli, les émotions, les émotions des autres, les couleurs, les sons, les odeurs, les intentions, les images, les concepts… D’autres ne dorment pas pour des raisons tout à fait légitimes. Il est important d’explorer ces options avant de conclure que votre enfant a le sommeil « léger » (voir fin de l’article).

Voici des outils pour soutenir nos enfants à s’affranchir des angoisses et grandir émotionnellement, à petits pas:

Un retour sur la journée
-Qu’est-ce qui a mis du soleil dans ta journée et que peux-tu mettre en place pour que ça arrive plus souvent?
-Qu’est-ce qui a été difficile et que peux-tu faire autrement pour éviter que cela ne se reproduise?
-Qu’est-ce que tu as appris à travers ces expériences?

Tenir un journal
Offrir un cahier et inviter l’enfant à extérioriser ses émotions cumulées dans la journée en dessinant, ou en proposant dès 6-8 ans, de les écrire dans un journal en se posant les questions suggérées dans le « retour sur la journée ».

Écouter avec empathie
L’enfant a-t-il peur des monstres, de la noirceur ou des fantômes? Fait-il/elle des cauchemars? Écoutez ses craintes avec empathie (sans nier, sans donner de conseils ou sauter trop vite au mode « solutions »). Ces sentiments sont bien réels pour l’enfant et ont besoin d’être nommés et entendus.
Il n’y a, selon moi, rien de pire pour un enfant (ou adulte) que de vivre quelque chose dont on nie ou minimise le ressenti (« Ben non, les monstres n’existent pas! », « Non, tu n’as pas peur! », « Ce n’est pas si pire que ça! », « Arrête de faire le bébé! » ).

Rappelons que le fait qu’écouter ne veut pas dire que nous sommes d’accord avec ce que partage l’autre. Écouter, c’est accueillir la réalité de l’autre, ses sentiments et ses besoins, sans aucun autre but dans ce moment-là que de lui permettre de se soulager et de développer du détachement face à ses réactions.

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Source: Pixabay

L’exercice du verre plein de cailloux: faire le vide
Énumérer les soucis accumulés dans la journée (et qui font que la personne se sent débordée ou incapable de lâcher prise). Le verre représente le cœur. Chaque événement suscitant des soucis (une ou plusieurs émotions) dans la journée représente un seul caillou déposé dans le verre. En nommant les soucis et en les déposant un à un dans le verre, l’enfant visualise l’accumulation et prend conscience que son coeur est VRAIMENT plein. Comment s’endormir avec un coeur si préoccupé????

Un verre d’eau plein représente le stress normal d’une journée. Il est versé dans le verre plein de cailloux pour visualiser le manque d’espace intérieur pour accueillir le stress normal: la raison du débordement actuel. N’est-ce pas soulageant de se comprendre? Après, il reste à trouver des solutions pour faire le vide régulièrement.

Réduire les stimuli
Une soirée sans écran et sans stimulation (au moins une heure avant le sommeil) invite la relaxation, le calme et le relâchement. De la musique douce, des livres, des chansons, un temps de tendresse en famille et un rituel du dodo relaxant, peu importe notre âge, sont bénéfiques pour tout le monde.

Revenir au corps
Il n’y a rien de plus efficace pour calmer son hamster intérieur, que de revenir au corps, car il permet d’être dans le moment présent et calmer la tempête interne. Chanter, danser, respirer, pratiquer la pleine conscience, faire du chi gong ou du yoga, se faire des pressions profondes (massages, acupression, Brain Gym) ou recevoir des massages aident un enfant à retrouver sa paix intérieure.

Les poupées-tracas

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Tiré du livre Billy se bile d’Anthony Browne

Les poupées-tracas issues du Guatemala donnent l’occasion aux enfants de nommer et d’identifier leurs soucis et de les raconter aux poupées déposées sous l’oreiller. Selon la légende, les tracas disparaissent dans la nuit.cLes poupées protègent aussi les enfants des cauchemars. Ce processus invite l’enfant à évacuer peines, tristesses et colères accumulées qui demeurent intériorisées, l’empêchant de se reposer mentalement et de lâcher prise.

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L’animal de pouvoir d’Harry Potter

Rituels pour rassurer
Selon ses intérêts et l’univers imaginaire de chaque enfant unique, il est possible mettre en place un rituel rassurant qui rend la nuit moins angoissante: qu’est-ce que ses héros(ïnes) et personnages qu’il/elle admire feraient? Voici des idées: activer son super pouvoir de super héros, dire aux monstres de quitter la chambre avec une baguette magique, invoquer un animal de pouvoir qui donne des forces comme dans Harry Potter (sortilège Spero Patronum), mettre des « pierres magiques » sous son oreiller, faire une formule de mage pour se protéger « spécial monstre » ou pour se donner des dons de courage, mettre sa cape de super héros près de son lit, créer une bulle de protection – tout ce qui provient de son imaginaire et qui lui parle sincèrement et le rassure.

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Source: Pixabay

Ponts de séparation pour la nuit
Les enfants ont besoin de sentir que nous sommes leur guide et que nous sommes toujours là pour eux, dans les hauts et les bas. Surtout lorsqu’ils vivent des périodes de stress ou sont en phase d’individuation. C’est malheureusement souvent dans ces moments qu’ils sont les plus « difficiles » à aimer inconditionnellement et à comprendre.
Pourtant, un enfant exprime ses peurs à travers ses comportements, aussi désagréables soient-ils.
En créant un pont de séparation avec notre enfant, nous consolidons le lien qui nous unit et réassurons que nous sommes toujours présents:
-« Je te souhaite une douce nuit. Je suis dans ma chambre ET mon cœur est toujours avec toi. J’ai hâte de manger des crêpes avec toi, demain matin. »
-Dessiner un cœur sur sa main: « Tu es toujours dans mon cœur, peu importe où tu es.»
-Tu vois ces ficelles? Elles nous rappellent que nous sommes toujours ensemble, même lorsque je ne suis pas à côté de toi (mettre de la ficelle reliant votre chambre à la sienne).
-Mettre un chandail imprégné de votre odeur sur sa taie d’oreiller.
-Donner un habit ou objet imprégnés de votre odeur qu’il peut garder sur lui.

Ça vous intéresse?
Veuillez noter que je donne des ateliers ce printemps, à Montréal, sur l’accompagnement d’enfants anxieux et sur les enfants PLUS.

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EXPLORER LES RAISONS DES DÉFIS RELIÉS AU SOMMEIL

Plusieurs raisons poussent un enfant à combattre le sommeil. Il est important d’explorer ces options avant de conclure que votre enfant a le sommeil « léger », ou qu’il a un « problème ».

CORPS: phase de développement / période d’individuation (acquisition de nouvelles compétences comme marcher, parler, lire, écrire, etc.), douleurs physiques (dents, otites, etc), hyper vigilance, hypersensibilité (explorez les réflexes archaïques), sensibilité sensorielle (explorez l’ergothérapie), horaire qui ne suit tout simplement pas son cycle naturel de sommeil, trop de stimuli physique et émotionnel, pas assez de mouvement avant le repos, etc.

COEUR: besoin de proximité avec sa figure d’attachement, réassurance, manque de sécurité émotionnelle (manque de repères), trop de tensions, stress accumulé, traumatisme (in utero, accouchement, à la naissance, séparation abrupte avec sa figure d’attachement, hospitalisation, sevrage abrupt, entraînement au sommeil, parent détaché, etc.), anxiété de séparation, manque de ponts de séparation (attachement) avec les parents, etc.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen.  Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

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9 thoughts on “Angoisses, trop plein et sommeil

  1. Merci beaucoup pour ces quelques mots…
    Je suis éducatrice de jeunes enfants et je travaille dans une petite structure accueillant des enfants de 18 mois à 3 ans.
    Une question : je m’occupe d’une petite fille qui va avoir 2 ans en décembre. Depuis son arrivée à la crèche, c’est-à-dire depuis le mois d’août, elle n’arrive pas à s’endormir à la sieste. J’ai essayé plusieurs pistes, sans succès… Je ne sais plus trop quoi faire. Avez-vous des idées ?
    Merci d’avance

    • Bonjour Ludivine,

      Plusieurs raisons font qu’un enfant ne dort pas. Je vous laisse explorer des idées:
      corps: corps très tonique, douleurs physiques, hyper vigilance, trop de bruit, temps de sieste qui ne suit tout simplement pas son cycle naturel de sommeil, trop de stimuli physique et émotionnel, pas assez de mouvement avant le repos, réflexes archaïques coincés, etc.
      coeur: cherche sa figure d’attachement pour relaxer, ne se sent pas en sécurité (manque de repères), trop de tensions, trop de stress, traumas (in utero, accouchement, naissance, séparation des figures d’attachement, entrainement au sommeil, abandon, négligence, etc.), anxiété de séparation, manque de ponts de séparation avec les parents, etc.

      J’espère que cela vous aide à explorer.

      Mitsiko

      • Merci beaucoup pour votre réponse… aussi rapide… Je dirais hyper vigilance, trop de bruit (il n’y a pas de salle de sieste spécifique, on a une seule pièce où les enfants mangent, jouent, dorment…). Elle n’arrive pas à se laisser aller. Je lui ai proposé le lit parapluie, qui apparemment lui convient mieux. Mais elle joue, crie, parle, lance sa tétine, bouge… elle n’arrive pas à se poser. Même à table, elle a du mal à se poser… Je vois bien que c’est dur pour elle…. Mais que faire ?

      • Je devine que vous souhaitez offrir le meilleur à cette enfant et cherchez activement à respecter ses besoins. Il se peut que cette enfant ait une histoire qui fait en sorte que le sommeil est difficile, peu importe la personne bienveillante qui s’occupe d’elle. Je recommande d’en parler avec la mère pour lui demander comment ça se passe pour elle, également et quels sont ses trucs.
        Merci de votre coeur <3

        Mitsiko

  2. Bonjour Mitsiko,

    Votre article m’inspire d’autant plus que mon fils de 13 ans a du mal à trouver le sommeil de manière générale, et en particulier ces derniers jours. Source de fatigue physique et émotionnelle, le serpent se mord la queue …
    De nature hypersensible et angoissée, il a tendance à se rendre malade pour ses résultats scolaires, alors qu’il est très bon élève, et que nous ne lui mettons pas la pression.
    Ce que vous expliquez dans les raisons de combattre le sommeil (corps et coeur) me permet de ne pas me décourager sur ses difficultés.
    L’exercice du verre d’eau et des cailloux, très visuel, me plait beaucoup. Je le mets en application dès demain.
    Il s’initie au chi gong avec son père, et je vais me former avec lui à la méditation pleine conscience.

    Merci pour votre bonté et votre travail.

    Carole.

  3. Merci pour votre excellent billet et j’ajouterais un point à votre texte. Si notre esprit créé l’angoisse ou l’anxiété nocturne, a-t-il aussi le pouvoir de créer son contraire, lorsqu’il est détendu par une solution thérapeutique ? Des crises ou des attaques d’anxiété nocturne peuvent vraiment perturber votre vie quotidienne et rendre votre sommeil très désagréable. Mais si vous ne faites rien à ce sujet, alors votre anxiété nocturne pourrait se changer à un problème chronique et beaucoup plus grave.

    L’anxiété nocturne est une conséquence que nous créons sans nous en rendre compte, en cherchant à mettre l’importance de notre vie sur les résultats et alors nous avons des attentes qui créent ces angoisses.

    http://www.massomobile.ca/2015/anxiete-nocturne.html

  4. Article très intéressant, merci !
    Notre garçon de 2 ans s’endort en général assez facilement, mais à conditions que moi ou la maman soyons à ses cotés, la main serrée contre lui. Mais le tout se passe souvent en 10 ou 15 minutes. Là où nous avons plus de difficulté, c’est au milieu de la nuit. Il se réveille et est incapable de se rendormir seul.
    Il s’endort en général vers 21h, puis les réveils sont souvent du type 1am, puis 3am, quelques fois un troisième réveil avant le lever du soleil. Quand c’est difficile de le rendormir, il fini dans notre lit où il s’endort plus facilement.

    Auriez vous des pistes ou suggestions ?
    À noter qu’il a été longuement allaité (jusqu’à maintenant il prend 1 tétée par jour environ et que jusqu’à ses 19 mois, on pratiquait systématiquement le cododo, dès le début de la nuit. Depuis juin dernier, il fait au moins la première partie de la nuit dans son lit qui est dans sa chambre.

    Merci !!

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