Accueillir le changement

par Mitsiko Miller, cpc

Dans très exactement une semaine, la valse lente et douce d’un été sans surprises et retiré du monde, cèdera la place au rythme effréné d’une batacuda tonitruante.

fil_d'amourAh, la rentrée scolaire…

  • Les enfants rentrent en classe, les soirées Scouts recommencent, l’aïkido redémarre
  • Comment trouver du temps pour prendre le temps? Prendre le temps d’écouter les feuilles de peupliers danser dans le vent? Prendre le temps de ralentir?
  • Est-ce que mes fils vivront des décharges de tensions en rentrant de l’école? Est-ce que mon fils vivra encore des périodes d’insécurité face aux changements? Aurais-je droit à des crises d’angoisse? Vais-je en faire, moi-même?
  • Est-ce que mes fils vivront encore des interactions difficiles avec les élèves (pour ne pas dire, le mot galvaudé « intimidation »?)? Est-ce que le professeur saura apprécier le style unique d’apprentissage de mes fils? Est-ce que le professeur sera en mesure de tisser des liens avec ses élèves pour les sécuriser et les laisser savoir qu’ils sont appréciés?

Oh, le stress monte!!! Et au fur et à mesure que mes pensées se bousculent, je sens mon cœur battre la chamade en suivant le tempo.

Le bouton pause, outil essentiel
Et dans ces moments de panique, je pèse sur le bouton pause. Je m’arrête pour me poser la question essentielle: qu’est-ce qui est en mon pouvoir de faire pour me rendre la vie heureuse?

Respiration. Les activités reprennent. Je sens la peur monter en moi. J’ai peur de me sentir happée par le temps, le stress et de perdre ma joie. Que puis-je faire pour garder l’équilibre et m’ancrer dans la joie? Créer des fiches de routines avec les enfants pour offrir de la prévisibilité et garder les activités au minimum.
Ahhhhh. Les possibilités s’ouvrent à moi.
Comment trouver du temps pour prendre le temps? Respiration. Prendre le temps est une stratégie qui me permet de rester enracinée.  Comment puis-je rester centrée? Inclure plusieurs temps libre dans notre routine.
Est-ce que mon fils vivra des périodes d’insécurité face aux changements?  Respiration. Je vis mal les angoisses de mon fils que j’appréhende. Comment puis-je rester confiante que nous y arriverons? Ah, oui… Remarquer les petits pas vers l’autorégulation et faire un plan d’action avec lui pour l’aider à gérer ses angoisses efficacement.
Ouf…

Créer l’effet Pygmalion
Le professeur saura-t-il apprécier le style d’apprentissage unique de chacun de mes fils? Il est en mon pouvoir de m’asseoir avec chaque professeur pour « vendre » les qualités de mon enfant et l’aider à voir qu’en éveillant son feu sacré et son profond désir de contribuer au bien-être des autres, il aura un élève motivé qui enrichira l’atmospĥère de la classe.
Ahhhhhh, je me sens légère.

Rappelons à l’enfant que peu importe où il est, il est toujours avec nous. Et qu’il est aimé tel qu’il est par au moins une personne dans ce monde :)

Gérer l’intimidation
Comment gérer l’intimidation? J’ai accueilli pendant plusieurs mois, mon enfant qui voulait mourir à chaque jour, tant sa douleur lui semblait insurmontable. Respiration. J’aspire à un monde où garçon+ tendre+ sensible+ empathique soit perçu comme une équation possible et même célébrée. J’aspire à ce que mon fils connaisse sa valeur, qu’il sache à quel point la diversité qu’il apporte à ce monde est une richesse pour nous tous. Et lorsque je vois à quel point cette situation nous a, à tous les deux, permis d’affirmer notre différence et d’estimer qui nous sommes sans recours à une « validation extérieure », je me sens confiante que mon fils et moi avons développé suffisamment de détachement et avons assez de ressources pour naviguer à travers les critiques sans dommage.
Oui. Célébrons.
Et lorsque je me lie avec ce qui est en mon pouvoir de faire pour rendre notre vie plus belle cette année, je vois les possibilités s’ouvrir à moi. Il est en mon pouvoir d’aimer profondément et de nourrir l’estime de soi de mes enfants. Il est possible pour moi de leur laisser savoir que la maison est un lieu où ils peuvent se reposer et être pleinement eux-mêmes. Il est possible…

Voici quelques stratégies pour accueillir les transitions avec douceur

  • Commencer à parler des changements à venir en douceur, nommer et reconnaître les émotions qu’entraîneront sans doute ces transitions (en se rappelant qu’on peut vivre, à la fois, de la joie, de la crainte et de la tristesse en pensant à la rentrée)
  • Faire un « calcul hédoniste » pour voir quels sont les éléments positifs et négatifs qu’apportent ces transitions et s’outiller pro-activement à mieux gérer les hauts et les bas
  • Faire des rituels pour clore l’été et accueillir la nouvelle saison avec joie
  • Faire une vision board (tableau de visionnements) avec nos enfants pour identifier les intentions, voir le positif et établir des stratégies utiles pour surmonter les défis potentiels durant l’année.
  • Créer des repères et des routines avec les enfants pour rassurer ceux (surtout les parents) qui aiment la prévisibilité et avoir une idée de ce qui s’en vient.
  • Rappeler à l’enfant que, peu importe où il est, il est toujours avec nous dans notre cœur. Qu’il y a un fil d’amour invisible qui nous relie pour la vie. Et qu’il est aimé tel qu’il est, par au moins une personne dans ce monde :)

Et vous, quels sont vos trucs à vous?

© Mitsiko Miller, 2013. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Veuillez me demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants pour les aider à vivre leur harmonie. Suivez son blogue.

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7 thoughts on “Accueillir le changement

  1. Coordonnier bien chaussé.
    Vous êtes accompagnatrice (j’adore ce mot !) pour enfants et parents, familles, etc…. Vous connaissez les meilleures structures, écoles pour enfants. Choisissez en une pour vos enfants.
    J’ai connu les angoisses de mon fils, ses peurs, ses pleurs lorsqu’il était à l’école. J’ai donc choisi, même si pas toujours sûre de moi, l’enseignement écologique et je continue.Je vois mon enfant grandir heureux et libre, se retrouver, se restructurer tout en douceur, à son rythme. Quel bonheur, quelle joie !
    Tout plein de douceur à vous et vos enfants.

  2. Claudia, merci de votre témoignage!

    Je suis très très très très très très très très très désenchantée par l’école en ce moment.

    L’école « maison » en communauté serait mon premier choix si toute la famille était d’accord et si mon fils le souhaitait. Je ne suis pas seule à prendre des décisions, alors je laisse ces idées cheminer.

    Il y a une partie de moi qui est triste et découragée: mon fils fréquentaient une école avec une approche alternative où en théorie, on parle de coopération et d’accompagnement.. En théorie. L’école que fréquente mon fils en ce moment fonctionne beaucoup par projets, et applique un processus restauratif de dialogue pour la résolution de conflits… en théorie. J’ai vu des enfants dans des environnements les plus « épanouissants » (en théorie) vivre de l’intimidation et des adultes abuser de leur pouvoir…

    J’aimerais qu’on incarne cette belle théorie!!!!
    Et je ne sais pas encore qu’est-ce qui empêche cette cohérence?????
    Peut-être que je suis trop idéaliste?

    Quelle serait mon école idéale?
    Pour moi, elle serait toute petite, libre, avec un espace vert, ergo, et souvent dans la nature, incluant des processus restauratifs appliqués par TOUS, enfant et adultes. Elle ne serait idéalement pas régie par l’État pour permettre plus d’autonomie…

    Je participe à l’élaboration d’un projet d’école verte, écologique et démocratique. Elle sera petite, verte, ayant des processus restauratifs et autonome. J’ai hâte! J’espère que mes enfants pourront en profiter. Entre temps, je nourris mes enfants d’espoir et de force intérieure.

    Je poursuis ma réflexion depuis des années. Je vous remercie pour cette belle occasion de pousser ma réflexion encore plus loin!

    Tendresse
    Mitsiko

  3. Mitsiko.
    Je comprends votre cheminement.
    Le mien a été long aussi.
    Enseignante, 2 enfants de 16 ans de différence.
    Enfant déjà je sentais le gouffre entre l’enseignement et mon évolution naturelle.
    Enseignante, j’ai imposé l’évolution naturelle des enfants au système et en suit sortie épuisée et fâchée.
    Je n’ai pas pu pour le premier l’enlever de l’école et je l’ai toutefois accompagné dans son évolution naturelle à la maison. Tout comme vous j’ai du expliquer aux enseignants comment il était sans cesse et sans cesse. Nous en parlions hier au soir. Il a subi également maintes intimidation et humiliation. Jusqu’à notre départ en Australie où l’enseignement préconise le développement personnel de l’enfant et pas seulement l’apprentissage académique. Waouh ! Bel expérience. Aujourd’hui, à mon grand damne (lol) il a décidé de devenir enseignant pour faire bouger le Mammouth !
    J’ai voulu remettre le 2ème, 16 ans après, à l’école. Il ne l’a pas supporté. Un vrai traumatisme avec des larmes tous les jours ! Je devais reprendre une activité professionnel et j’ai fait autrement pour l’accompagner.
    Et comme vous j’ai cherché et comme vous, mon mari et moi souhaitons créer une école écologique. La plupart de nos amis sont enseignants et nous mettons à leur disposition tous les écrits et témoignages que nous pouvons. Nous allons avoir besoin d’eux pour nous accompagner dans notre projet. Là aussi c’est long.
    Afin d’y arriver, du coup, je vous lis, vous et d’autres, regroupe tout sur un blog afin de ne rien oublier et partage.
    J’ai voyagé, un peu, et je peux assurer que ce problème de l’école tel que nous le connaissons en France n’existe qu’en France. C’est très étrange. Je crois sincèrement que c’est culturel. L’enfant n’a pas véritablement sa place dans la culture française. Quand on va ailleurs on le remarque tout de suite.
    Vous n’êtes pas idéaliste, vous êtes réaliste et avez compris le fonctionnement de l’humain (d’ailleurs c’est votre métier !). Et surtout, surtout, vous n’êtes pas la seule. Le mouvement est au niveau international.
    Un jour je vous parlerai de mon rêve.
    Tendresse à vous aussi.

    • Claudia,

      Je suis touchée par votre témoignage! J’entends un amour infini pour les enfants et je me sens accompagnée sur ce chemin parfois solitaire. Mes pensées en ce moment: l’école est une institution qui tente de fonctionner du mieux qu’elle peut selon une dynamique qui part du haut vers le bas, sans qu’un véritable échange ait lieu. Voilà ce qui me décourage. Il me semble que nous misons trop sur les rôles rigides et sur les règles…
      Je n’ai pas d’idées fixes ni de réponse en ce moment. Il est certain que en voyant comment les écoles fonctionnent en ce moment, je vis parfois du désespoir.
      Savoir que d’autres mères comme vous et bien d’autres créent le changement m’encourage à poursuivre mon chemin!

      tendresse!

      Mitsiko

      • Oh oui c’est bon de savoir que le monde bouge, évolue. Aujourd’hui nous sommes de plus en plus nombreux et c’est super. J’adore cette phrase de Maria Montessori : N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui. Ce monde n’existera plus lorsqu’ils seront grands. Et rien ne permet de savoir quel monde sera le leur – Alors apprenons leur à s’adapter ! J’ajouterais apprenons leur à être eux !
        A très bientôt et encore merci. Vous êtes source d’inspiration.

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